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Politique

Alain Bauer, un proche de Manuel Valls

Publié le 6 octobre 2014,
par VisionsMag.
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Mai 2012. Alain Bauer, président du conseil d’administration du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique (CSFRS), président de l’Observatoire national de la délinquance (ONDRP), et président du groupe de contrôle des fichiers de police et de gendarmerie, annonce sa démission des trois postes qu’il occupait depuis 2007. Nommé à ces fonctions par Nicolas Sarkozy, le criminologue et expert en sécurité décide de s’effacer afin d’éviter toute situation conflictuelle avec son ami Manuel Valls. Car les deux hommes s’apprécient et se connaissent de longue date.

Université de Tolbiac, 1980. Trois étudiants entament leur cursus. Stéphane Fouks, fils d’un ancien résistant juif et communiste, suit des cours de sciences politiques. Manuel Valls, issu d’une famille catalane qui a fui le franquisme, étudie l’histoire. Et Alain Bauer, dont les parents sont négociants en textiles, choisit le droit. Tous trois ont 17 ans, et un engagement sans bornes pour le parti de Michel Rocard les anime, suscitant très vite leur rencontre et scellant une amitié qui ne s’est depuis pas démentie. Dès leur adolescence, les trois compères ont une idée bien précise de leur avenir, et Manuel Valls nourrit déjà de grandes ambitions politiques. Quant à Alain Bauer, alors chargé d’éviter les débordements lors des meetings étudiants, ses prises de contact avec les renseignements généraux et la préfecture le sensibilisent très vite à tous les aspects ayant trait à la sécurité.

Criminologie et conseils

Enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris puis à l’Institut de criminologie, dispensant ses cours à l’étranger et fondant l’entreprise de conseils AB Associates en 1994, Alain Bauer se fait une place parmi les spécialistes des questions sécuritaires et gagne l’oreille de nombreux ministres. Paradoxalement, ce sont surtout des personnalités de droite qui font appel à lui, François Baroin, Michèle Alliot-Marie ou encore Claude Guéant. Tous apprécient ses analyses précises, reposant toujours sur des chiffres bien étayés, et qu’il assène avec constance quels que soient ses interlocuteurs. Critiqué par certains experts, qui remettent régulièrement en doute sa vision sécuritaire, Alain Bauer n’en continue pas moins son ascension, qui atteint un sommet sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

Homme de réseaux

Ses missions de consultant, ainsi que les nombreux postes occupés, font d’Alain Bauer une personnalité influente et incontournable dès lors que sont abordées les questions de sécurité. Membre de différentes instances tant consultatives que décisionnelles en France (il fut membre de la Halde et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme), ses analyses et propositions sur la criminalité ont trouvé écho outre-Atlantique, à la Sûreté du Québec et dans les polices de New-York et Los-Angeles où il fut employé en qualité de conseiller. Parallèlement à cela, il intègre très jeune la Franc-maçonnerie et devient même de 2000 à 2003 Grand Maître du Grand Orient de France, principale obédience maçonnique française. Alain Bauer, homme aux innombrables activités, a toujours su conserver durant sa carrière de profonds soutiens. Sans que jamais l’amitié entre ses deux anciens condisciples de Tolbiac ne soit altérée.

Un lien qui perdure

Car même la coopération d’Alain Bauer avec un gouvernement de droite n’a su rompre le lien avec Manuel Valls. Comme en témoigne la phrase de ce dernier, en 2007, lorsque son ami de trente ans conseille le président Sarkozy : « Si Alain pense qu’être sarkozyste est utile et cohérent, il en a le droit ». Pourtant, cette proximité avec l’ancien président ferme à Alain Bauer toute possibilité de collaboration gouvernementale avec M. Valls. Cela signifie-t-il pour autant qu’il n’exerce aucune influence sur le premier ministre, qui fut aussi le locataire de la place Beauvau de 2012 au 31 mars 2014 ?

Les deux hommes forment avec Stéphane Fouks un trio d’amis inséparables depuis leur rencontre en 1980 sur les bancs de la fac.

Conseiller officieux ?

Le semi retrait d’Alain Bauer, qui demeure actif dans de nombreux groupes de travail, ne signifie pas la fin de son influence politique. En phase avec sa vision globale des problèmes de sécurité et des moyens de les résoudre, Manuel Valls a de facto mis en œuvre lors de son séjour au ministère de l’Intérieur une politique proche de celle prescrite par Alain Bauer. Si le Premier ministre reste discret sur l’influence de son ami proche, Alain Bauer se montre plus expressif. Ainsi, il déclare à l’Express avoir été consulté par Manuel Valls lorsque ce dernier a constitué son cabinet, et avoue être appelé régulièrement par celui-ci pour exprimer divers avis. Il ne pouvait en être autrement face aux puissants liens les unissant. La longue liste d’amis communs, le fait que le criminologue ait été choisi comme parrain du deuxième fils de M. Valls, et les activités maçonniques d’Alain Bauer au sein d’une obédience dont le Premier ministre a fait partie n’ont cessé de créer des ponts entre les deux hommes, depuis longtemps indissociables l’un de l’autre.