Antoine Boulay : « Bpifrance marche sur deux jambes : booster les pépites, aider à passer les caps difficiles » Antoine Boulay : « Bpifrance marche sur deux jambes : booster les pépites, aider à passer les caps difficiles » Antoine Boulay : « Bpifrance marche sur deux jambes : booster les pépites, aider à passer les caps difficiles »
Innovation

Antoine Boulay : « Bpifrance marche sur deux jambes : booster les pépites, aider à passer les caps difficiles »

Publié le 18 mars 2014,
par VisionsMag.
Partager
()

Antoine Boulay est le directeur des relations institutionnelles de Bpifrance, la Banque Publique d’Investissement. Autrefois dirigeant d’un cabinet de conseil en communication, il a travaillé pour les plus grandes entreprises et associations, françaises et étrangères. Plus récemment chef de cabinet et conseiller politique du ministre de l’Agriculture, et très proche de François Hollande, Stéphane Le Foll, il nous livre sa vision de l’action menée par la Banque publique d’investissement depuis sa création pour soutenir au plus près les entreprises françaises.

VisionsMag : Bpifrance a été fondé en 2012 pour soutenir l’économie française et notamment l’investissement des entreprises. Elle est considérée comme l’un des piliers du pacte national pour la croissance et la compétitivité.  Pouvez-vous nous présenter en quelques mots cette structure et le cœur de sa mission ?

Antoine Boulay : Bpifrance a deux missions. La première, c’est celle qui consiste à renforcer la compétitivité des entreprises. Faire des PME avec des TPE, et des Entreprises de Taille Intermédiaire avec des PME. La seconde est de soutenir les entreprises de notre pays quand cela va moins bien, comme dans la période de ralentissement économique que nous traversons actuellement, pour permettre le redémarrage le moment venu. Bpifrance se partage entre ses deux missions, l’objectif final étant de favoriser le développement de l’activité et de l’emploi sur tout le territoire et in fine la force de la France dans la compétition mondiale. Nous le faisons en aidant les banques à prêter en garantissant une partie de leurs crédits, en prêtant nous-mêmes, en investissant au capital des entreprises ou encore en soutenant concrètement et opérationnellement l’innovation et l’export.

A plus long terme, comme le dit Nicolas Dufourcq, notre directeur général, notre priorité est donc de préparer la France de 2030. Cela passe notamment par l’investissement dans les secteurs stratégiques et d’avenir.

VisionsMag : Aujourd’hui, combien d’entreprises sont accompagnées par Bpifrance dans cette démarche nationale ?

Antoine Boulay : En 2013, nous avons accompagné environ 100 000 entreprises, pour 10 milliards d’euros en crédits de type bancaire et 1 milliard d’euros en fonds propres, c’est-à-dire des investissements en capital. Un peu plus d’un an après sa création, ces chiffres prouvent que l’action menée par Bpifrance pour soutenir notre économie est concrète et quotidienne. Ils sont nettement supérieurs à la somme de ce qui était fait avant la création de Bpifrance. Il y a une dynamique, une forme d’incandescence dans tout le système public de soutien au financement des entreprises avec la création de Bpifrance.

VisionsMag : Selon vous, est-ce qu’on peut mieux faire ?

Antoine Boulay : D’abord, on peut toujours mieux faire, on peut toujours s’améliorer.

Pour nous, ne serait-ce qu’une entreprise qui ne trouverait pas chez Bpifrance une réponse adaptée à sa situation et conforme à notre mission, dans des délais suffisamment courts, ce serait déjà une de trop. Nous avons un impératif de qualité et de responsabilité dans l’accomplissement de notre mission. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout faire et répondre à tout positivement, mais il faut tout envisager, tout étudier, et répondre vite et clairement.

De fait, toutes les équipes de Bpifrance sont mobilisées pour essayer d’aller vite, de faire simple, d’être proches des entreprises dans la prise de décisions. Nous agissons quotidiennement pour appuyer les efforts des entreprises, ceux qui permettront à l’économie française de repartir de l’avant.

Et puis faire mieux, c’est ce que nous avons fait en 2013 et que nous continuerons de faire en 2014 : mobiliser de nouveaux moyens, proposer de nouveaux produits, de nouveaux dispositifs. En 2013, par exemple, nous avons créé Bpifrance Export, qui a pour mission comme son nom l’indique d’accompagner les entreprises à l’export. Nous voulons emmener 1.000 entreprises dans de nouveaux marchés en 2014. Quand on sait que 80% de l’export est réalisé par 4.000 entreprises, on se rend compte que c’est un objectif très ambitieux. Nous allons continuer à financer le préfinancement du CICE en passant de 800 millions d’euros en 2013 à 1,2 milliard d’euros en 2014. Et pour notre action phare au service de l’investissement, des prêts de long terme sans prise de garantie sur l’entreprise, nous voulons passer de 1,2 milliard en 2013 à plus de 2 milliards en 2014. En investissement, nous allons également aller plus loin et plus fort.

VisionsMag : Au cœur de l’actualité, le cas Lejaby soulève quelques interrogations. Quel a été le rôle précis de Bpifrance dans cette situation ? Comment expliquer que cette entreprise soit aujourd’hui menacée alors qu’elle avait reçu votre soutien ?

Antoine Boulay : Dans le cas Lejaby, Bpifrance a accompagné toutes les composantes de l’ex-Lejaby : c’est-à-dire quatre entreprises différentes. Aujourd’hui, deux d’entre elles se portent bien : une spécialisée dans le luxe qui participe notamment à la fashion week et une qui travaille pour Vuitton dans le cuir. Elles représentent 280 emplois. Pour les deux autres, qui représentent 70 emplois, les choses sont un peu plus dures.

On essaye d’accompagner ces quatre structures, en faisant notre métier : aider celles qui vont bien mais aussi celles qui vont moins bien. Cela nous demande une grande capacité d’écoute et de réaction. Mais je trouve toujours regrettable de donner à croire à l’opinion que tout va mal, que les entreprises sont abandonnées, qu’il est impossible de produire en France. C’est totalement faux ! Dans ce cas précis, on le voit bien, la majorité des emplois est au contraire sauvegardée, 280 femmes et hommes (des femmes en majorité, et c’est tant mieux !) travaillent dans un secteur à haute valeur ajoutée, c’est une aventure extraordinaire et Bpifrance est fier d’y contribuer.

Alors en ce qui concerne « Les Atelières », l’association composée d’ex-ouvrières de Lejaby basée à Villeurbanne, près de Lyon, il s’agit d’un cas particulier. Au mois de septembre 2013, l’entreprise avait vendu pour 300 000 euros de lingerie tandis que les dépenses engagées pour la même période s’élevaient à 850 000 euros. Ce qui manquait aux « Atelières » à ce moment-là, ce n’était pas un financement, mais des clients. Pour autant, nous restons à leur écoute pour trouver une solution : tant qu’il sera possible de sauvegarder une activité viable, Bpifrance restera à leurs côtés.

VisionsMag : Quels sont les principaux secteurs qui bénéficient de votre soutien financier ? Bpifrance ne devrait-elle pas concentrer ses efforts sur des activités d’avenir comme les hautes technologies, l’informatique, la robotique ?

Antoine Boulay : De notre point de vue, il serait trop facile de se limiter à ces domaines. Notre volonté est d’offrir des solutions adaptées à tout type d’entreprise, quelle que soit leur taille ou leur spécialité.

Pour vous donner un exemple, un peu plus tôt dans l’année, Bpifrance a financé une innovation majeure dans la culture et l’élevage des crevettes, en soutenant la démarche collective de plusieurs entreprises normandes et d’un centre de recherche public. C’est un cas qui pourrait sembler anecdotique, mais c’est très concret. Notre engagement permettra demain de soutenir une activité et des emplois locaux, avec un impact réel sur la vie économique de cette entreprise. Prenons un autre exemple, Clestra, en Alsace, le leader européen des cloisons de bureaux. L’entreprise était au bord du gouffre en juillet dernier. Bpifrance s’est mobilisé sur tous les fronts, en investissement et en crédit, et, avec le fonds de Jacques Veyrat, nous avons permis à l’entreprise et à ses 700 salariés de retrouver un avenir.

Tout cela pour vous dire que nous ne finançons pas uniquement des projets autour de l’informatique ou de la robotique. Bien entendu nous le faisons car ce sont des activités pleines de promesses pour l’avenir mais Bpifrance finance tous les secteurs : le recyclage, le solaire, l’éolien, l’agroalimentaire, la métallurgie… Bpifrance s’engage dans tous les secteurs, avec des entreprises de toute taille. C’est le sens de sa mission.

Antoine Boulay « il ne faut jamais perdre de vue que l’argent que Bpifrance investit, c’est l’argent des français »

VisionsMag : La BPI a-t-elle également pour vocation d’œuvrer au rapprochement des entreprises entre elles pour contribuer au renforcement du tissu industriel français ?

Antoine Boulay : Bien sûr, c’est une partie de notre mission. Consolider certains secteurs d’activités en suscitant des rapprochements entre des petites entreprises pour renforcer leur croissance et leur développement. Mais c’est un travail de tous les instants, car les entrepreneurs doutent souvent des opportunités que ces rapprochements, ou à tout le moins une ouverture de capital pour commencer, représentent. C’est donc à nous de faire le premier pas vers eux, avec d’abord et avant tout beaucoup de respect et de considération pour leur parcours qui sont toujours enthousiasmants.

L’objectif à terme, c’est de permettre l’émergence de nouvelles entreprises de taille intermédiaires (ETI) qui contribueront à la relance de l’économie française et qui seront mieux armées pour affronter la concurrence mondiale. Pour cela il faut repérer les champions et s’appuyer sur eux.

VisionsMag : Bpifrance est une banque et vous faites votre travail à ce titre, mais elle est également un acteur institutionnel financé par l’Etat, avec le soutien des pouvoirs publics. Est-ce que Bpifrance fait plus qu’une banque ?

Antoine Boulay : Bpifrance fait beaucoup plus que les banques, c’est évident. Nous concentrons sans doute les 15% du crédit le plus risqué du marché, nous soutenons 95% de l’activité de capital-innovation qu’on appelle aussi capital-risque, il y a bien une raison à cela…

Mais il ne faut pas opposer notre action à celle du marché. L’action de Bpifrance permet surtout aux autres banques et aux investisseurs de faire plus en s’engageant à nos côtés. Nous sommes une banque de place et, inversement, sans les banques et les investisseurs privés, nous ne pourrions rien faire.

Mais vous avez raison, il ne faut jamais perdre de vue que l’argent que Bpifrance investit ou prête, c’est l’argent des français. Cela représente une grande responsabilité pour nous. On doit donc le faire avec prudence et avec raison, malgré les émotions et les enjeux humains auxquels nous faisons face tous les jours.

 

Antoine Boulay : « Bpifrance marche sur deux jambes : booster les pépites, aider à passer les caps difficiles »
Antoine Boulay est le directeur des relations institutionnelles de Bpifrance, la Banque Publique d’Investissement.