Bernad Tapie : la gueule de l’emploi Bernad Tapie : la gueule de l’emploi Bernad Tapie : la gueule de l’emploi
Biographie

Bernad Tapie : la gueule de l’emploi

Publié le 7 février 2013,
par VisionsMag.
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« Je rachète Adidas ! ». Ce soir-là, « Nanard », ivre de bonheur après le fantastique exploit réalisé par « son » Olympique de Marseille, aura encore moins sa langue dans sa poche que d’habitude. Dans un de ses délires mégalomaniaques dont lui seul a le secret, Bernard Tapie s’enflamme. Il faut dire que cette consécration européenne par la prestigieuse Coupe de Clubs Champions d’Europe est le fruit d’un investissement personnel de longue haleine et un point d’orgue pour l’entrepreneur qui est parti de rien.

Tout travail mérite salaire

Bernard Tapie a su faire de son équipe une usine à rêve. Il a fait de sa vie un conte de fée. Cette année 1993 sera son année. O.M a terrassé le Milan AC. Pour la cinquième année consécutive l’équipe phocéenne remporte le championnat de France. Ses actifs dans le monde des affaires ont plus que doublé. Le soleil est au beau fixe. Bernard Tapie sait qu’il a gravé son nom dans l’éternité du sport français et dans la mémoire collective.

Cette consécration le renvoie à ses débuts. Il a l’intime conviction que les écarts de statut social peuvent être comblés, et que la ténacité et les grandes ambitions peuvent le faire réussir dans la vie. Il aura toujours cette hargne, cette rage de vaincre et cette volonté de sortir de l’anonymat. Car petit, Bernard Tapie rêvait déjà de grandeur. Fils d’un modeste tourneur et d’une aide-soignante, il ne vit pas une enfance dorée tant escomptée. Son adolescence est nourrie par une passion qui sera l’amour de sa vie : le sport.

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La fureur de vivre

Avec la pugnacité qui le caractérise, Bernard Tapie se lance dans la course automobile sans grand succès en 1960. Un grave accident le renvoi flirter avec les muses musicales. Sans grand succès également. C’est par le pur des hasards qu’il fera la connaissance en 1967 du monde des affaires. Là son sens aigu et inné des affaires, sa « gueule » et son incroyable flair lui permettront de réussir un improbable coup de bluff. Avec une facilité déroutante, il arrive à écouler des postes de télévision à de parfaits inconnus en mettant au point un stratagème bien senti et bien huilé. Déjà à cette époque, l’homme a le goût du risque, il aime les paris et les coups de Jarnac.

Malgré une première expérience dans le domaine de la revente de télévision, Bernard Tapie n’est pas du genre à s’asseoir sur un fauteuil doré. Malgré sa carapace de jeune loup aux dents longues, il sera très affecté par la disparition de sa grand-mère de la suite d’une crise cardiaque. Après une tentative d’incursion dans le business de la santé, il s’oriente dans d’autres secteurs qui le rendront riche. En 1967, il est propriétaire de son entreprise. Ambitieux, Bernard Tapie créé en 1977 une entreprise ayant pour objectif de racheter les entreprises en difficulté pour les revendre ensuite. Il acquiert plusieurs entreprises au prix d’un franc symbolique et les revend au prix fort. Il rachète et revend notamment Adidas, Testut, La Vie Claire, Manufrance, Wonder, Kalimar. Consultant « Ingénieur-conseil » au sein du Cabinet SEMA, il renforce son expérience en redressement d’entreprises.

La réussite de Bernard Tapie est le fruit d’un investissement personnel de longue haleine et un point d’orgue pour l’entrepreneur qui est parti de rien.

Le biz de la politique

« Nanard » donne l’impression d’un homme combatif, entier, parfois provocateur et qui a de l’audace. Un modèle pour les Français. La politique est pour lui un prolongement naturel de sa carrière de businessman, décomplexé affichant fièrement sa réussite. Naturellement de gauche dans l’âme, Bernard Tapie entre ensuite et illico presto en politique : il devient Ministre de la Ville pour le gouvernement de Pierre Bérégovoy, un mois d’abord, en avril 1992 puis pour quatre mois à partir de décembre 1992. Sitôt fini le ministère, Bernard Tapie est élu député des Bouches-du-Rhône ! Bien que l’affaire de corruption VA-OM éclate au grand jour, ainsi que celles de l’affaire Testut et du Phocéa, Bernard Tapie est élu député européen en juin 1994. Il continuera à inspirer une vague de néo-entrepreneur malgré ses déboires avec la justice. Car l’affaire Valencienne-Olympique de Marseille, bien qu’écornant son image et égratignant sa crédibilité va renforcer sa personnalité.

Comme un chat retomberait toujours sur ses pattes, le redressement de Bernard Tapie est rapide. C’est encore là un trait de son incroyable force de caractère. Il se recyclera dans le cinéma, le théâtre, bref tout ce qui peut prolonger son image d’homme publique. Bernard Tapie, une personnalité complexe. Un « génie » touche à tout qui s’est auto-forgé à coup de travail et de sueur. La ténacité et les grandes ambitions lui ont fait réussir sa vie…

crédit photo: Télérama