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Mohamed Djadallah, Palestinien, 96 ans et une vie de "Nakbas"

Publié le 14 mai 2018,
par Reuters.
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JERUSALEM (Reuters) – À près de 97 ans, Mohamed Mahmoud Djadallah garde un souvenir très net de la fondation d’Israël en 1948, l’événement qui a façonné sa vie et celle de ses compatriotes palestiniens.

L’événement, dont le 70e anniversaire est célébré lundi par Israël, est considéré par les Palestiniens comme la « Nakba », ou la « Catastrophe », qui s’est traduite par l’exil de centaines de milliers de Palestiniens.

Et ce 14 mai, à trois jours de son anniversaire, Mohamed Mahmoud Djadallah assistera à ce que beaucoup de Palestiniens considèrent comme un autre obstacle à leur rêve d’Etat: le transfert de l’ambassade de Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem sur un terrain, qui, raconte le vieil homme, était autrefois cultivé par les gens de son village.

« Nous avons vécu une vie de Nakbas; nous n’avons jamais connu le bonheur ni la tranquillité », dit-il, installé dans le salon de la maison familiale, située près de l’imposante mosquée d’Omar dans le quartier de Sur Baher à Jérusalem-Est.

Israël considère Jérusalem comme sa capitale indivisible. Les Palestiniens disent que la décision des Etats-Unis d’y déplacer leur ambassade va à l’encontre de leur projet de faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur Etat.

« Les décisions sont prises en notre nom à l’échelle internationale. Nous ne pouvons rien changer. Nous ne sommes d’aucune utilité, personne ne demande notre avis », déclare Mohamed Mahmoud Djadallah.

Né en 1921 sur une colline surplombant Jérusalem, quatre ans seulement après la prise de la Palestine par l’Empire britannique à l’Empire ottoman, il a vu les premières vagues d’immigrants juifs sionistes s’installer dans les collines autour de son village.

Jeune homme, il a travaillé comme serveur à l’hôtel King David de la vieille ville de Jérusalem, à trois kilomètres de son village. Et il était là en 1946 quand le groupe paramilitaire sioniste Irgoun l’a fait exploser, tuant plus de 90 personnes.

 

ARAFAT DANS SES BRAS

A la création de l’Etat d’Israël, il a combattu sous des commandants arabes dans des batailles perdues contre les forces juives pendant la lutte pour le contrôle de Jérusalem.

En 1967, à l’approche de la cinquantaine, il a vu les troupes israéliennes s’emparer de son village pendant la guerre des Six-Jours. Israël a ensuite étendu Jérusalem à l’est pour englober Sur Baher et les villages voisins, annexant la région qu’il occupe toujours.

Dans les années 90, à l’approche de la vieillesse, Mohamed Mahmoud Djadallah a pris Yasser Arafat dans ses bras à Jéricho lorsque le chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est revenu d’exil pour créer l’Autorité palestinienne.

Le nonagénaire habite au bout d’une série de rues étroites qui zigzaguent à côté d’un champ d’oliviers. Sur les étagères et les murs de son salon, un trésor péniblement assemblé de photographies sépia, peintures et plaques commémoratives.

On l’y voit jeune homme en uniforme militaire et plus tard avec Yasser Arafat.

Connu de tous dans le village, il a dix enfants et a dû dresser un tableau pour suivre ses 134 descendants des générations suivantes.

Sur ses 70 ans de « Nakba », son souvenir peut-être le plus marquant est celui où il a échappé de peu à la mort lors de l’attentat contre l’hôtel King David.

Les explosifs d’Irgoun avaient été dissimulés dans des bidons de lait chargés sur un pick-up venu livrer l’hôtel.

Les assaillants sont entrés dans les cuisines de l’hôtel au volant du pick-up, raconte-t-il en substance. L’explosion a « coupé la pièce en deux », raconte Mohamed Mahmoud Djadallah.

 

PANIQUE

« C’était la panique. Les gens couraient dans la salle à manger et dans tout l’hôtel », se souvient-il.

Tout est allé très vite ensuite. L’année suivante, en 1947, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté un plan de partage de la Palestine en deux États, l’un arabe et l’autre juif.

Les dirigeants juifs ont accepté le plan, qui leur donnait 56% de la terre. La Ligue arabe l’a rejeté.

Réalisant que la guerre allait éclater, Mohamed Mahmoud Djadallah est parti en Syrie en 1947 pour s’entraîner. Il est ensuite revenu pour intégrer les rangs de l’Armée de libération arabe, une force de volontaires opposés au plan de partage, qui a participé à la guerre israélo-arabe de 1948.

Plus tard, il a aussi combattu aux côtés du chef de la guérilla nationaliste à Jérusalem, Abdel Kader Husseini.

« Nous étions tous des rebelles qui se battaient », se souvient-il. « Il y avait des combattants, des moudjahidines, et nous en faisions partie. Un groupe de jeunes hommes a été choisi et j’ai été choisi avec un autre type pour représenter Sur Baher. »

En apprenant qu’Abdel Kader Husseini était mort à la bataille d’al Kastal, à l’ouest de Jérusalem, il a su que la défaite était probable.

« La situation a changé pour nous, le moral a changé », raconte-t-il. « Le jour où les Britanniques se sont retirés et où le drapeau israélien a été placé sur le bâtiment du Haut- Commissaire, la Nakba a commencé. »

Depuis ce jour, il dit n’avoir jamais eu d’espoir de paix.

« La paix ne sera pas réalisée parce que nous sommes faibles. Le peuple palestinien a été manipulé tout au long de son histoire », déclare-t-il.

« Tout ce que nous voulons, c’est vivre en paix et en sécurité sur notre terre, chez nous. Nous ne voulons rien d’autre, nous voulons la paix, nous voulons vivre là où nous sommes nés ».

par Stephen Farrell

(Danielle Rouquié pour le service français)