Vincent Miclet : « La réussite du Nigeria symbolise la montée en puissance de l’économie africaine » Vincent Miclet : « La réussite du Nigeria symbolise la montée en puissance de l’économie africaine » Vincent Miclet : « La réussite du Nigeria symbolise la montée en puissance de l’économie africaine »
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Vincent Miclet : « La réussite du Nigeria symbolise la montée en puissance de l’économie africaine »

Publié le 8 juin 2014,
par VisionsMag.
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Vincent Miclet, président de PetroPlus Overseas, nous offre son regard d’homme d’affaires et de spécialiste sur l’actualité économique africaine et le développement du continent.  Aujourd’hui, il revient avec nous sur la récente promotion du Nigeria devenu officiellement la première économie d’Afrique à la faveur d’un changement de calcul statistique. Un événement qui en dit plus qu’on ne veut bien le croire, notamment sur la nouvelle donne économique qui se dessine sur le continent africain.

Le 6 avril dernier, selon les nouveaux calculs du Bureau Nigérian de la Statistique, le Nigeria est devenu la première économie d’Afrique. Si la nouvelle n’est pas une surprise pour les experts et les connaisseurs du continent, il convient tout de même de revenir sur cet événement qui en dit long sur la situation actuelle et à venir du paysage économique africain. Décryptage avec Vincent Miclet, le président de PetroPlus Overseas, nouvel acteur du marché pétrolier en Afrique.

Une nouveauté statistique et économique

Pour l’année 2013, le produit intérieur brut (PIB) du Nigeria est désormais de 510 milliards de dollars alors qu’il était de 264 milliards en 2012. Ce faisant, le pays le plus peuplé du continent en devient également la première économie, dépassant l’Afrique du Sud.

C’est un changement statistique qui a permis au Nigeria de faire ce bond en avant au classement des économies africaines. En cause, le fait que certains secteurs d’activités n’étaient pas pris en compte dans l’ancienne méthode de calcul du produit intérieur brut nigérian, une méthode jamais modifiée depuis plus de vingt ans. Les grandes institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale recommandent pourtant une révision de cette méthodologie tous les cinq ans.

Ce retard sur le plan de la « technique comptable » empêchait bien évidemment l’intégration d’activités économiques nouvelles ou plus récentes, notamment dans le secteur des services, avec les télécommunications ou le cinéma – particulièrement dynamique au pays du Nollywood, le surnom de cette industrie nationale principalement basée à Lagos. La part globale des services est ainsi passée de 25 à 50% du PIB. Un chiffre qui illustre à lui seul l’évolution engagée.

Ce changement de calcul permet bien évidemment de mieux appréhender l’économie nigériane dans son ensemble et de constater son développement continu depuis les années 90. « Un succès qui trouve ses origines – au-delà de la méthodologie statistique – dans les réels progrès accomplis par l’économie de ce grand pays africain », commente Vincent Miclet, en observateur avisé.

Les raisons du succès nigérian

Bien entendu, il reste d’immenses progrès à accomplir pour le Nigeria et son économie. Cette nouveauté statistique ne saurait cacher certaines insuffisances, dans le domaine social ou énergétique par exemple, ainsi que les nombreux défis que le pays doit encore relever pour se hisser sur le devant de la scène tout en améliorant les conditions de vie de sa population. Néanmoins, l’économie nigériane possède des atouts indéniables qui lui ont permis de grandir et de se développer depuis plus de vingt ans.

Pour Vincent Miclet, il existe d’abord des raisons structurelles à ce succès : une population jeune de 177 millions d’habitants anglophones, une situation géographique avantageuse au cœur de l’Afrique subsaharienne, ainsi que des ressources naturelles et énergétiques importantes – le Nigeria est le premier producteur de pétrole en Afrique.

Mais plus que tout, ajoute le PDG de PetroPlus Overseas, c’est la diversité de l’économie nigériane – non-comptabilisée jusqu’alors – qui lui a permis de décoller. Le développement de l’industrie manufacturière et agroalimentaire, du web et plus généralement des services (télécommunications, finance, immobilier, cinéma, commerce). A titre d’exemple, l’industrie cinématographique du Nigeria, deuxième producteur de films au monde après Bollywood mais devant Hollywood, participe à ce boom économique et voit passer sa part de 0 à 1,4% du PIB national.

Autre chiffre évocateur disponible depuis cette révision statistique : on compte 851 628 entreprises au Nigeria contre 83 733 auparavant. La richesse de ce tissu explique aussi la réussite économique du pays.

Aujourd’hui, en devenant la 26ème économie mondiale et en voyant la part de sa dette passer de 19 à 11% de la richesse nationale, le Nigeria représente un terrain particulièrement favorable pour les investisseurs étrangers. « Un intérêt qui se traduira probablement par de nouvelles entrées de capitaux qui continueront de soutenir le développement économique nigérian », affirme Vincent Miclet, grand connaisseur du marché africain. Un bon présage pour l’avenir alors que le Nigeria pourrait figurer parmi les quinze économies les plus importantes de la planète d’ici à 2050, selon les analystes de l’agence Moody’s.

D’autres puissances africaines sur les traces du Nigeria

Si l’Afrique du Sud et le Nigeria restent donc les deux principales puissances économiques africaines, « les nouvelles perspectives offertes par le changement de calcul du PIB nigérian autant que par les bases sur lesquelles repose le développement de son économie sont porteurs de promesses pour d’autres pays du continent », explique Vincent Miclet.

D’abord parce que la refonte des méthodes de calcul est valable pour de nombreux autres pays africains qui n’ont pas encore opérés cette mutation statistique purement technique. Chukwudozie Ezigbalike, responsable des statistiques pour la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, déclare à ce sujet que « c’est l’économie africaine dans son ensemble qui est sous-estimée, d’autant que l’ampleur du secteur informel, si elle est connue, n’est pas mesurable ». Vincent Miclet partage ce point de vue. Peu à peu s’impose donc l’idée d’une revue des outils qui mesuraient jusqu’à aujourd’hui la production de richesses des économies africaines.

L’exemple de l’Angola, une puissance économique montante

Au-delà de ce constat, d’autres nations donnent des signes de vitalité et de croissance encourageants. En homme d’affaires investi sur le terrain, Vincent Miclet a un exemple tout trouvé : l’Angola, qui a opéré depuis la fin de la guerre civile (1975-2002) un redressement spectaculaire de son économie, faisant même parler de « miracle angolais » avec une croissance moyenne annuelle de 12%. Fort de ce dynamisme retrouvé, le pays attire les investisseurs étrangers, qu’ils soient chinois, brésiliens ou européens. La production de pétrole, qui a doublé en 10 ans, dope la croissance de cette économie et permet la réalisation de nombreux investissements dans le domaine des infrastructures, du transport ou du logement. Le gouvernement angolais fournit également de nouveaux efforts pour soutenir l’emploi, depuis 2011. Et Vincent Miclet de conclure : « Aujourd’hui, à l’instar du Nigeria, l’Angola est une nouvelle puissance régionale qui attire et un moteur pour le développement généralisé du continent. »

Le Gabon, pays de la liberté économique  

Vincent Miclet, le président de PetroPlus Overseas, connaît bien la région et notamment le Gabon, un pays qui l’a séduit il y a déjà plusieurs années. « C’est un autre bon exemple de cet espace économique africain en pleine mutation, qui s’ouvre à l’international et croît fortement », dit-il en introduisant son propos. Pour l’année 2014, l’Index of Economic Freedom – publié chaque année par The Heritage Foundation et le Wall Street Journal – le classe comme le pays d’Afrique subsaharienne offrant la plus grande liberté économique. « Et ce pour la quatrième année de suite », nous précise Vincent Miclet. Ce classement se base sur plusieurs critères comme la liberté d’entreprendre, la liberté accordée aux investissements, le libre-échange, le droit de propriété, la flexibilité du marché de l’emploi, le niveau de corruption, la taille du secteur public, la politique fiscale et monétaire. Effectivement, les experts reconnaissent que le Gabon a enregistré de nombreux progrès en ce qui concerne la lutte contre la corruption, la fiscalité, l’accès au marché du travail. L’environnement général des affaires est meilleur qu’il y a dix ans souligne d’ailleurs ce classement officiel. Le pays s’est engagé vers des réformes structurelles et institutionnelles pour diversifier son économie, afin de la rendre plus forte et moins dépendante du secteur pétrolier. « Il s’agit d’un effort sur le long terme, qui portera progressivement ses fruits. », conclut Vincent Miclet. L’économie gabonaise semble donc sur la bonne voie pour imiter le modèle nigérian et connaître de nouveaux succès. Un exemple tout à l’image d’une Afrique encore pleine de promesses pour le futur.