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Innovation

Les insectes : l'alimentation du futur

Publié le 7 septembre 2016,
par VisionsMag.
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En 2050, la planète comptera près de 10 milliards d’êtres humains. Avec des ressources naturelles qui s’amenuisent, il faut trouver de nouvelles techniques pour nourrir tout le monde. Une solution : l’entomoculture ou la culture des insectes. Sources de protéines, les insectes sont une alternative intéressante et innovante. NextAlim, une start-up française s’est lancée dans ce nouveau type d’élevage. Portrait de ce nouveau business et d’une entreprise à la fois laboratoire de recherche et défenseur de l’économie circulaire.

Et si on mangeait des insectes au petit-déjeuner ? L’idée n’enchante pas tout le monde, et surtout pas les Européens et ce malgré l’ouverture de restaurants spécialisés dans les recettes à base d’insectes et le développement de sites de e-commerce 100 % insectes comme le français Micronutris.

L’entomoculture ou élevage d’insectes est encore marginale mais peut-être pas pour longtemps. D’autant que cultiver des mouches, larves ou autres insectes ne veut pas forcément dire fabriquer une nouvelle forme d’alimentation pour les humains. Ces nouvelles sources de protéines peuvent également être destinées aux animaux.

Nourrir le bétail avec des insectes

Aujourd’hui les besoins en protéines dans l’élevage de poissons sont énormes. Selon un article paru dans le magazine scientifique Nature, les espèces de poissons carnivores ont besoin d’un nombre important de protéines pour se développer, en d’autres termes de petits poissons. Il faudrait ainsi le poids de trois poissons sauvages pour élever un seul poisson d’élevage. Et qu’en est-il pour l’élevage des poulets ? Les volailles élevées en batterie en Europe consomment la plupart du temps de la farine à base de soja, cultivée le plus souvent sur le continent américain. Dans ces cas-là les insectes semblent être une solution au besoin en protéines.

De l’œuf à l’huile

Comment un insecte peut-il devenir une source d’alimentation pour les animaux ? Il suffit de transformer les larves en farine ou en huile. La technique est simple sur le papier et surtout elle permet une revalorisation des déchets. En effet, les larves d’insectes peuvent se nourrir de nos déchets. Elles prennent alors du poids et surtout elles récupèrent les nutriments toujours présents dans les déchets organiques. Arrivées à l’âge adulte, on peut les transformer en farine protéinée ou en huile. Et ce n’est en réalité pas la seule option car il est possible de créer à partir des insectes des biocarburants ou encore des fertilisants. Un nouveau secteur prometteur dans lequel se sont engagés différents acteurs qui se partagent le marché dont le français NextAlim.

NextAlim : endiguer le problème de gaspillage alimentaire

Tout a commencé dans une étable dans la Vienne en 2013. Les deux co-fondateurs, Jean-François Kleinfinger et Raphaël Smia, ont l’idée d’élever des insectes pour endiguer le problème de gaspillage alimentaire et pour produire une protéine du futur. Ils fondent NextAlim en 2014 et reçoivent rapidement le soutien d’importants investisseurs et de l’ADEME. Dans leur laboratoire, ils étudient l’accouplement, la ponte et le développement des larves. Leur objectif pour 2017 : transformer 35 tonnes de déchets par jour et produire 10 tonnes d’insectes. L’un n’allant pas sans l’autre !

Le soldat noir

L’insecte que l’équipe de NextAlim élève est la mouche dite “black soldier fly”. La larve de cette mouche est très efficace en matière de conversion des déchets comme des restes des cantines, des fruits et légumes invendus ou encore des déjections de volailles. En d’autres termes : elles sont très gourmandes ! Mais surtout, cette mouche a la particularité de ne transmettre aucune maladie tant à l’animal qu’à l’homme. Elle a la capacité de transformer les déchets sans en produire. Autre atout : l’élevage de cet insecte peut se faire hors-sol et ce dans un délai de production très court.

En attendant une nouvelle loi

L’élevage d’insectes nourris à partir de déchets organiques dans un but de créer une source de protéines pour l’alimentation animale s’inscrit totalement dans cette nouvelle économie, dite économie circulaire. Dans un cercle vertueux, on peut ainsi éliminer et transformer les déchets de l’homme pour fabriquer des aliments qui retourneront dans la chaîne alimentaire de l’homme.

Mais pour cela, il faut faire évoluer la législation. Aujourd’hui, conséquence de la crise de la vache folle, il est interdit de nourrir des animaux d’élevage (sauf les poissons) avec des farines animales – les farines d’insectes étant considérées comme des farines animales. Un principe de tolérance existe pour l’instant en ce qui concerne l’alimentation des animaux domestiques et des hommes. L’équipe de NextAlim attend que la réglementation change. Des bruits de couloirs signalent que les choses devraient évoluer avant 2017. A suivre…

Photos : ustartme.com / nextalim.com