Transnistrie : voyage dans un pays fantôme Transnistrie : voyage dans un pays fantôme Transnistrie : voyage dans un pays fantôme
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Transnistrie : voyage dans un pays fantôme

Publié le 14 mars 2014,
par VisionsMag.
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Se rendre en Transnistrie, c’est à la fois rejoindre un pays qui n’existe pas et voyager dans le temps. Ce petit territoire entre la Moldavie et l’Ukraine semble en effet s’être arrêté entre deux âges et deux mondes. Portrait d’une réalité fantôme.

Le touriste qui arrive aujourd’hui à Tiraspol risque d’avoir immédiatement la sensation vertigineuse d’un retour dans le temps. Statue de Lénine devant la maison des soviets, chars russes placés comme monuments au quatre coins de la ville, drapeau national arborant la faucille et le marteau et même un siège central du KGB. Le tout au milieu d’une architecture urbaine à base de barres d’immeubles gris et de larges avenues vides et silencieuses. A quelques centaines de kilomètres des frontières de la Communauté Européenne, l’empire soviétique est ici toujours bien vaillant.

500 cosaques

La Transnistrie est un territoire grand comme le Luxembourg, coincé entre la République Moldave et l’Ukraine. Outre le fait d’être la vitrine d’un socialisme réel disparu depuis prés de 25 ans, la Transnistrie est aussi un pays qui n’existe pas. Le territoire qui possède ses frontières, son parlement, son président, son hymne, son drapeau, sa monnaie, n’a pas de légitimité internationale. Depuis son indépendance en 1991, aucun des pays membres de l’ONU ne l’a officiellement reconnu.

C’est au moment de l’écroulement de l’empire soviétique que s’est joué le destin de la Transnistrie. Le 27 août 1991, la Moldavie proclame son indépendance. En décembre de la même année, la Transnistrie qui souhaite rester alliée à Moscou fait sécession. Un régiment de 500 cosaques, soutenus par la 14ème armée russe, prend le contrôle des territoires situés à l’ouest du fleuve Dniestr. Une armée de 1000 volontaires Moldaves tente de s’interposer, mais ils sont rapidement défaits. Le conflit fera 200 morts. Depuis, malgré plusieurs tentatives de rattachement de la Transnistrie à la Moldavie, Tiraspol a réussi à préserver ses frontières, même si elles n’ont aucune existence officielle.

Armée rouge et milice

Séjourner en Transnistrie, revient à voyager dans un pays de contrastes. Ici, les clichés sont battus en brèche. Les rues grises, l’architecture morose, laissent cette impression de tristesse et d’enfermement propre aux anciens pays du bloc soviétique. Pourtant la population vit ici moins pauvre que chez le voisin Moldave. Soutenue à bout de bras par son puissant allié russe, la Transnistrie offre un modèle social – santé, loyer, chauffage – plutôt protecteur.

Si les uniformes de l’armée rouge et ceux de la milice sont omniprésents dans les rues – 50% de la population est directement et indirectement rattaché à l’armée et la police -, le régime dictatorial n’a pas fait de ses frontières une barrière infranchissable. Ici point de mur de Berlin ou de rideau de fer. Les étrangers – rares – n’ont pas de mal à se rendre en Transnistrie et une fois sur place à nouer des contacts avec les locaux. La frontière avec la Moldavie est traversée quotidiennement dans les deux sens sans donner lieu à un exode massif. Même la minorité roumaine, pourtant mise sous surveillance par le régime, reste en Transnistrie. La Transnistrie abrite trois minorités d’importance égale ; roumaine, ukrainienne et russophone. Dans leur désir de garder le pays dans le giron russe, les autorités mènent une politique répressive à l’encontre de la minorité roumaine.

Transnistrie : voyage dans un pays fantôme
La Crimée veut son rattachement à la Russie. Une autre entité russe aux frontières de Kiev? Ce ne sera pas nouveau ! Connaissez-vous la Transnistrie, république coincée entre la Moldavie et l'Ukraine?

Trafics en tous genres

La Transnistrie est réputée pour être la base arrière des mafias russes. Le régime du président Evgueni Chevtchouk, qui a succédé au tout puissant Igor Smirnov, passe pour être l’un des plus corrompus d’Europe. La proximité du port d’Odessa alimente les trafics en tous genres. Le trafic d’armes était florissant durant les années 90, il a été remplacé par celui de l’alcool, des cigarettes, de la drogue, des médicaments et même des poulets, qui rejoignent l’Europe illégalement. Mais dans les rues de Tiraspol, nulle trace de violence. Et du côté des administrations, rares sont les demandes de « commissions » et autres pot de vins qui font le quotidien des pays corrompus.

Un pays mystère donc, aux allures de musée, sans existence officielle et aux secrets bien gardés ; la Transnistrie est une réalité bien difficile à appréhender. Elle risque de le demeurer longtemps tant la situation politique semble engluée dans un statu quo. Avec d’un côté l’Europe qui se refuse à reconnaître un pays au fonctionnement aussi opaque ; et de l’autre la Russie qui veut éviter un rapprochement avec la Roumanie. Une Russie par ailleurs peu pressée de reconnaître les frontières du petit état pour des raisons de politique intérieure. Moscou craint en effet que l’exemple de Tiraspol n’inspire les minorités situées sur son territoire. La Transnistrie se rêve comme une enclave russe, sur le modèle de Kaliningrad entre la Pologne et la Lituanie. Il semble néanmoins qu’elle doive demeurer encore longtemps une réalité fantôme, coincée entre deux âges et deux mondes.

Sources photo : www.tv5.org / www.2.bp.blogspot.com