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Les Irlandais du Nord aux urnes pour rien ?

Publié le 2 mars 2017,
par Reuters.
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BELFAST (Reuters) – Les Nord-Irlandais se sont rendus aux urnes jeudi, pour la deuxième fois en un an, mais l’issue du scrutin ne devrait pas permettre à la province de sortir de l’impasse politique, ce qui la ferait repasser sous le contrôle direct de Londres au moment où le Royaume-Uni s’apprête à négocier sa sortie de l’Union européenne. Le gouvernement de partage du pouvoir entre les unionistes pro-britanniques et les nationalistes du Sinn Fein a été poussé à la démission en janvier en raison du scandale provoqué par un programme de subventions destiné aux énergies renouvelables pour lequel la Première ministre sortante, l’unioniste Arlene Foster, fait l’objet d’une enquête judiciaire. Le refus d’Arlene Foster de quitter ses fonctions a poussé le nationaliste Martin McGuinness, ancien commandant de l’Armée républicaine irlandaise (Ira), à démissionner du poste de vice-Premier ministre, ce qui, aux termes de l’accord de partage du pouvoir, a provoqué la chute du gouvernement tout entier. Martin McGuinness, 66 ans, a depuis annoncé son retrait de la vie politique pour soigner une longue maladie. Au terme d’une campagne électorale acrimonieuse, le Parti unioniste démocrate (DUP) et le Sinn Fein devraient conserver leur prédominance. Les résultats seront rendus publics vendredi, ce qui ne leur laissera que trois semaines pour s’entendre sur la formation d’un nouveau gouvernement avant que les pouvoirs ne soient rendus au parlement de Westminster dans le cadre du « direct rule ». Malgré la menace d’un retour au contrôle direct de Londres, qui fait horreur aux nationalistes et priverait les unionistes d’une voix au chapitre pendant les négociations en vue du Brexit (rejeté par 56% des Nord-Irlandais lors du référendum du 23 juin dernier), un tel accord semble peu probable.   « DIRECT RULE » INÉVITABLE ?

Le Sinn Fein a en effet posé des conditions que le DUP a d’ores et déjà dit rejeter, dont le retrait d’Arlene Foster et l’adoption d’une loi reconnaissant les droits des habitants parlant le gaélique.

« Ils sont tellement occupés à marquer des points que je ne les vois pas devenir subitement les meilleurs amis du monde et conclure un accord en trois semaines », commente Gillian Graham, un enseignant à la retraite de 65 ans qui a voté dans la région rurale de Stangford, en allusion aux noms d’oiseaux qui ont volé pendant toute la campagne entre les deux camps.

« Je pense que c’est une totale perte de temps. Peut-être qu’un peu de ‘direct rule’ ne leur ferait pas de mal et que la perte de leur salaire les aidera à reprendre leurs esprits », ajoute-t-il.

Le blocage semble tel que l’ancien dirigeant du DUP, Peter Robinson, qui s’est retiré en 2015, a jugé mercredi « presque inévitable » que l’Irlande du Nord repasse sous la coupe de Londres, pour la première fois depuis une décennie.

Les unionistes ont dramatisé l’enjeu du scrutin en prévenant que le Sinn Fein chercherait, s’il le remporte, à relancer le débat sur la réunification de l’Irlande, qui a déjà gagné en vigueur dans la perspective du Brexit.

Même s’ils se sont montrés jusqu’à présent moins vocaux que les Ecossais sur la défense de leurs droits lors de la sortie de l’Union européenne, les nationalistes ont suggéré eux aussi la tenue d’un référendum sur le rattachement à l’Irlande.

« Arlene doit leur tenir tête », juge Billy Hamilton, un ouvrier de chantier naval à la retraite, qui a glissé son bulletin dans l’urne dans le bastion protestant de Belfast-Est. « On leur en a déjà donné suffisamment mais ils en réclament toujours plus et ils ne seront contents que quand nous serons tous dirigés depuis Dublin. »

 

(par Ian Graham. Tangi Salaün pour le service français)