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Biographie

Marc Abrahams, pour l’humour de la science

Publié le 3 août 2016,
par VisionsMag.
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Pourquoi les piverts qui, sans relâche, tapent toute la journée leur tête contre du bois ne développent-ils jamais de migraine ? Comment le postérieur de Pippa Middleton peut-il conduire à une analyse marxiste de la société britannique ? Mâcher du chewing-gum améliore-t-il la concentration et la productivité ? Voilà le genre de recherches que Marc Abrahams se délecte à commenter, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Car au-delà de l’inévitable sourire qu’elles provoquent, ces études amènent à s’interroger sur le rôle de la science. C’est bien là le but de ce journaliste scientifique pas comme les autres dont la devise « first make people laugh and then make them think » s’applique à chacun de ses billets. Doté d’incontestables talents littéraires et oratoires, le personnage semble à chaque fois atteindre son but : faire rire, puis réfléchir.

La science amusante

Marc Abrahams est un vulgarisateur, au sens noble du terme. En popularisant des recherches a priori loufoques, c’est sur la science et ses apports à notre société qu’il interroge son public. Chroniqueur régulier pour le Guardian, rédacteur du site Improbable Research , auteur d’ouvrages à succès et animateur d’un podcast hebdomadaire, Marc Abrahams semble doué d’ubiquité tant son activité est féconde. Cette passion pour la science le suit depuis son plus jeune âge, lorsqu’il dévorait les romans scientifiques de la série Tom Swift, narrant les péripéties d’un jeune inventeur. Ce virus de la science le pousse à Harvard où il obtient un diplôme de mathématiques avant d’aller travailler pour Raymond Kurzweil, désormais célèbre pour son apologie du transhumanisme.

Il fonde ensuite sa propre société d’informatique, mais c’est en se faisant embaucher comme journaliste que Marc Abrahams va trouver sa véritable voie, celle qu’il poursuit sans relâche depuis plus de deux décennies.

La recherche improbable

A l’aube des années 90, le jeune homme qui a déjà rédigé une multitude d’articles scientifiques, se désole de n’être toujours pas publié. Personne ne semble intéressé par ses écrits iconoclastes mettant en valeur les aspects amusants de la science. Personne à part le Journal of Irreproducible Results, une obscure revue fondée en 1955 et qui ne tire qu’à quelques milliers d’exemplaires. Là, il y peaufine son style et lorsque la publication fait faillite en 1994, il fédère l’ancienne équipe, reprend le journal et transforme le titre en AIR, Annals of Improbable Research. Afin de donner plus de visibilité au magazine, Marc Abrahams a l’idée de créer les Ig Nobels, prix récompensant les chercheurs les plus iconoclastes. Le succès est total : chaque année, à Harvard, d’anciens lauréats du vrai prix Nobel récompensent les scientifiques les plus improbables.

Eveiller la curiosité scientifique

A travers les prix décernés parmi dix catégories, Marc Abrahams rend hommage à ces scientifiques décalés qui pourtant font avancer la recherche. Lors de la dernière édition de 2015, Callum Orlando et Colin Rason, deux chercheurs australiens, ont reçu l’Ig Nobel de chimie pour leur invention permettant de « décuire » un œuf. Le procédé qui prête à sourire permettra d’obtenir une molécule utilisée dans le traitement contre certains cancers. Une autre récompense a été décernée au Dr. Bodner qui a imaginé un soutien-gorge pouvant se transformer en masque antiparticules pour deux personnes. Une invention qui pourrait contribuer à sauver des centaines de vies en cas de catastrophe chimique ou même nucléaire. L’ironie n’est pas exclue : les directeurs et analystes de 28 grands organismes bancaires ont ainsi été récompensés pour leur « capacité à utiliser les nombres imaginaires » dans leurs activités financières.

Dans ses chroniques et ses ouvrages, le journaliste Marc Abrahams s’intéresse aux aspects les plus farfelus de la science.

Abrahams colporteur de l’absurde

Marc Abrahams a bien l’intention de continuer son travail d’éveil à la réflexion scientifique. Il n’hésite pas pour cela à quitter fréquemment sa résidence du Massachusetts pour donner des conférences, dont plusieurs se déroulent en Europe. Il y collabore avec des publications allemandes et italiennes, mais reste peu connu dans l’Hexagone, où seuls deux de ses ouvrages ont été traduits . C’est peu, mais cela permettra de constater à quel point la frontière entre l’admirable et le risible s’avère ténue dans le domaine scientifique. Le mérite de Marc Abrahams est de le souligner à chacune de ses interventions.

Photos et sources : letemps.ch / cnn.com / improbable.com