image vide image vide image vide
International

Norilsk, ville la plus riche et la plus polluée de Russie

Publié le 21 septembre 2016,
par VisionsMag.
Partager
()

Norilsk est une ville industrielle de Russie située au nord du cercle polaire arctique et ne peut être atteinte que par avion ou par bateau. Cette ville de plus de 100.000 habitants multiplie les superlatifs en Russie : la plus septentrionale, la plus froide, la plus riche mais aussi la plus polluée comme en témoigne le dernier scandale écologique lors la pollution, au début septembre, de la rivière Doldykane par la société Norilsk Nickel. 

Les conditions de vie des habitants de Norilsk sont rudes : la nuit complète règne du 15 novembre au 15 janvier et les températures oscillent entre +10 degrés et -50 degrés dix mois de l’année. La neige y tombe 130 jours par an et les tempêtes sont fréquentes.

Un ancien goulag

Au début des années 20, la ville doit son existence à la découverte de gisements de cuivre, de nickel et de platine par des géologues. Dans les années 30, Staline décide de bâtir cette ville-usine afin d’exploiter les minerais de la région. Lors de sa création, Norilsk était un goulag, un camp de travail dans lequel 500.000 prisonniers ont été déportés pendant 20 ans pour extraire les minerais et construire la ville. Durant le second conflit mondial, les minerais servaient à alimenter l’industrie de guerre soviétique. Norilsk était alors une ville secrète avant d’accéder au statut de commune urbaine en 1939 et à celui de ville en 1953.

Des salaires attractifs pour attirer des travailleurs à Norilsk

Une fois le camp démantelé, les dirigeants doivent trouver un moyen de remplacer prisonniers et optent pour une main-d’œuvre importante plutôt que d’investir dans la modernisation. Pour compenser la faible attractivité de la ville, des salaires plus élevés et des avantages en nature sont proposés aux travailleurs volontaires. De plus, un effort important est porté sur les infrastructures (hôpitaux, garderies, transports) qui sont de meilleure qualité qu’ailleurs dans le pays.

Au début des années 90, après la dislocation de l’URSS, le combinat devient l’entreprise Norilsk Nickel, premier producteur mondial de nickel et de palladium et principal producteur d’or de la Russie.

Avec plus de 170.000 habitants, Norilsk, située au-dessus du cercle polaire, n'a qu'une raison d'être : abriter le combinat industriel de Norilsk Nickel dont les rejets atmosphériques classent la cité au septième rang des villes les plus polluées au monde.

Pollution atmosphérique et pluies acides

Les cheminées des usines Norilsk Nickel déversent chaque année dans l’atmosphère plus de 2 millions de tonnes de gaz (dioxyde de soufre, oxyde d’azote, de carbone, phénols) et les seuils de pollution sont dépassés 240 jours par an (2 jours sur 3). La pollution émise par Norilsk Nickel équivaut à celle de la France entière, et place Norilsk à la 7e place des villes les plus polluées du monde en 2015.

Cette pollution atmosphérique a bien sûr un impact considérable sur l’ensemble de l’écosystème : 100.000 hectares de toundra, sur un rayon de 30 km autour de la ville, sont brûlés par les pluies acides et les émanations toxiques. Les habitants de Norilsk subissent également de plein fouet les effets de la pollution engendrant des affections respiratoires et dermatologiques touchant en particulier les enfants. Si aucune véritable étude clinique n’a pas encore été menée, une moyenne de 13 visites médicales a été enregistrée par an et par habitant dont l’espérance de vie y est inférieure de dix ans à la moyenne nationale.

Et ce n’est pas tout! Le 12 septembre dernier, le groupe minier a reconnu qu’il était bien responsable de la couleur rouge vif prise par une rivière Doldykane proche de la ville tant en assurant que « le phénomène ne présentait aucun danger pour l’environnement ».

Seuls les écologistes s’alarment de cette situation catastrophique et plaident pour l’adoption de nouvelles technologies permettant l’automatisation et la modernisation des usines afin d’améliorer la situation et réduire considérablement les émissions de poussières, de gaz et d’eaux usées. Toutefois, les dirigeants ne semblent pas pressés d’opérer cette transition technologique synonyme d’investissements importants.

Photo : imgur.com / next.liberation.fr / amusingplanet.com /maxisciences.com