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Politique

Les primaires, à quoi ça sert ?

Publié le 14 avril 2016,
par VisionsMag.
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Primaires. Pas un jour sans que le mot ne s’invite dans l’actualité. Aux Etats-Unis, Démocrates et Républicains se livrent à une compétition pour l’investiture, dont l’issue ne sera connue qu’au mois de juillet. En France, les Républicains ont d’ores et déjà annoncé leur volonté d’utiliser ce type de scrutin pour la désignation de leur candidat à l’élection présidentielle de 2017. Mais que signifie exactement le terme de « primaire », élection pratiquée depuis 1968 aux Etats-Unis, et s’implantant largement en France depuis 1995 ?

Des primaires à définition variable

La primaire est un type d’élection permettant de désigner le candidat qui représentera un parti politique lors d’un scrutin à venir. Ce mode de désignation peut être institutionnalisé, comme aux Etats-Unis, en Argentine ou en Uruguay, ou bien organisé par les partis politiques, comme en France ou en Italie, sans qu’il n’y ait aucun caractère obligatoire inscrit dans la constitution. Les primaires sont, du moins en France, un phénomène récent, puisque le candidat naturel était auparavant désigné par les instances internes de son parti. Une primaire peut se pratiquer en élection fermée, c’est-à-dire réservée aux seuls militants, ou de manière ouverte, où tous les sympathisants peuvent se prononcer, quelle que soit leur appartenance.

Aux Etats-Unis, une tradition de longue date

Aux USA, avant 1824, ce sont les membres du Congrès qui élisaient directement leurs candidats. Après cette date, le système est modifié, et c’est lors de conventions organisées par les partis que le choix est alors entériné. Mais seuls les principaux leaders avaient le droit de se prononcer, ce qui donnait lieu à d’innombrables intrigues politiques. En 1968, pour apporter plus de transparence et de démocratie au mode de désignation du candidat, sont créées les primaires, élections au suffrage indirect permettant aux américains de se prononcer en faveur de tel ou tel candidat. Comme il s’agit d’un scrutin indirect, les électeurs ne votent pas directement pour un candidat, mais pour des délégués représentant chaque candidat et s’engageant à voter pour eux lors de la Convention nationale, qui se tient traditionnellement en juillet. Le nombre de délégués est fixé par les partis, et varie en fonction de l’importance des Etats.

Un acte démocratique complexe

De nombreux retournements de situation sont néanmoins possibles. Ainsi, les délégués ne sont pas toujours obligés de tenir parole, certains Etats leur permettant de changer d’avis, sans tenir compte des électeurs qui les ont désignés. La manière d’élire ces délégués varie aussi en fonction des Etats : scrutin proportionnel ou majoritaire, élection ouverte ou fermée, mais aussi caucus, c’est-à-dire assemblée où se réunissent des électeurs votant pour des délégués de circonscription, qui voteront pour des délégués du comté, qui seront eux-mêmes présents à la Convention nationale.

Une dose de complexité est rajoutée par la présence de super-délégués, qui, sans passer par les primaires, auront leur place lors de la Convention nationale et pourront voter pour qui ils le désirent. Les scrutins s’étalant dans la durée, seul un candidat pour chaque parti parvient au terme de ce véritable marathon électoral, et la Convention ne sert alors qu’à introniser l’heureux élu, dans une ambiance de liesse et de réconciliation.

En France, un processus récent

Les élections primaires ont eu, dans l’Hexagone, un peu plus de mal à s’implanter. Pourtant, l’idée de recourir à une telle méthode a été envisagée de longue date. Dès 1990, RPR et UDF songent à un candidat commun pour les présidentielles de 1995, mais la mesure s’enlise dans les querelles de partis. Les réactions des principaux ténors de droite sont contrastées : si le projet est défendu par Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, Raymond Barre n’hésite à parler de «jeu de trompe-couillon». Quant au Parti socialiste, il opte pour une consultation fermée, qui consacre le triomphe de Lionel Jospin face à Henri Emmanuelli.

Dix ans plus tard, la primaire refait parler d’elle, soutenue à la fois par Nicolas Sarkozy et par une majorité de socialistes. Si, au final, Nicolas Sarkozy, seul candidat de son parti, sera désigné d’office, il n’en va pas de même au sein du PS, qui voit s’affronter Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal. Le débat passionne les Français, les candidats sillonnent l’Hexagone, trois débats télévisés sont organisés, et c’est, au final, Ségolène Royal qui remporte l’investiture pour 2007.

Le précédent de 2011

Les élections présidentielles de 2012 ont aussi donné l’occasion d’organiser des primaires. Nicolas Sarkozy, en tant que président sortant, a été désigné comme candidat naturel de son parti, mais le Parti socialiste a, lui, tenu à réitérer la méthode éprouvée en 2006. N’importe quelle personne inscrite sur les listes électorales est invitée à se prononcer en faveur de six candidats, Jean-Michel Baylet, Manuel Valls, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, Martine Aubry ou François Hollande, qui sortira vainqueur avec 54,8 % des suffrages. Avec pas moins de 2,7 millions de participants au premier tour, et 2,9 millions au second, cette primaire a eu le mérite de mobiliser les Français et de les rapprocher de la politique. C’est, du moins, l’avis des défenseurs d’une méthode qui ne fait pourtant pas l’unanimité.

La primaire : un procédé controversé

A première vue, des élections primaires ont l’avantage de susciter un élan démocratique et populaire, en plus de remplacer un système de désignation parfois jugé opaque par les militants. Elles permettent aussi de désigner clairement un candidat et de lui accorder une aura de légitimité. Mais l’introduction des primaires a-t-elle pour autant donné naissance à un « nouvel âge démocratique », comme l’affirmait Arnaud Montebourg en juillet 2010 ? Les opposants à un tel système ne manquent pas d’arguments. Les primaires, censées créer un consensus en faveur d’un candidat, peuvent au contraire exacerber les individualités et donner lieu à des querelles personnelles qui nuisent grandement au parti. La « pipolisation » de la sphère politique ne ferait qu’amplifier cette tendance, faisant du combat pour les primaires une lutte de communication plutôt qu’un débat d’idées. Un débat qui, toujours selon certains détracteurs, serait amené à éviter toute aspérité au profit d’une position consensuelle et rassembleuse, que certains qualifieront d’électoraliste.

Comment le principe d’élections primaires s’est implanté dans la vie politique, et que recouvre au juste ce terme?

Et en 2017 ?

Aux Etats-Unis, les deux candidats seront donc nommés selon une méthode complexe, mais qui a fait ses preuves tout en rentrant fortement dans les mœurs politiques nationales. Mais qu’en est-il en France ? Les Républicains utiliseront ce mode de désignation en vue de l’élection présidentielle de 2017. Prévue pour se tenir en novembre à scrutin ouvert, la primaire a d’ores et déjà vu de nombreux prétendants se déclarer. Parmi eux, Alain Juppé, Jean-François Copé, Frédéric Lefebvre et François Fillon . A gauche, rien ne semble tranché : le parti aura-t-il recours à des primaires, comme en 2006 et 2011 ? Ou bien François Hollande bénéficiera-t-il de la légitimité de son statut de président sortant ? Une pétition appelant à l’organisation d’une grande primaire à gauche circule en tout cas depuis le 10 janvier, rassemblant les signatures d’intellectuels ainsi que de personnalités politiques ou issues du monde de la culture . Primaires ; le mot n’a en tout cas pas fini de hanter l’actualité.

Sources des images : melenchon.fr / lexpress.fr