IA : Trump défie à l’ONU les partisans d’une régulation mondiale
Devant les dirigeants réunis à New York pour la 81e session de l’Assemblée générale, Donald Trump a choisi l’offensive. Il a déclaré que les États-Unis « rejettent catégoriquement toute tentative de mettre en place un dispositif mondialiste visant à contrôler l’intelligence artificielle », selon Le Monde. Dans la même intervention, il a qualifié l’IA de technologie « plus importante que la révolution industrielle », en moquant simultanément les voix qui, selon lui, annoncent que l’IA « va tous nous tuer ». L’allusion vise directement les partisans d’une régulation préventive, qu’il range dans la même catégorie que les alarmistes climatiques d’hier.
Le parallèle avec le climat n’est pas anodin. En établissant cette analogie, Trump situe délibérément la question de l’IA dans le registre de la souveraineté nationale plutôt que dans celui du risque global. Pour l’administration américaine, encadrer l’IA à l’échelle internationale reviendrait à brider l’innovation américaine au profit de concurrents affranchis de ces contraintes. La mécanique politique est rodée. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que ce discours s’adresse à une Assemblée générale où l’IA figure désormais à l’ordre du jour sécuritaire, aux côtés des guerres en Iran, à Gaza, en Ukraine et au Soudan. France 24 rapporte que la session a été traversée par ce que plusieurs délégations nomment des « nouvelles peurs » technologiques : la crainte que l’IA devienne un vecteur de désinformation ou de surveillance algorithmique à l’échelle des États, dans un contexte où ces usages sont déjà en partie réels.
Première session de l’IA au Conseil de sécurité de l’ONU
Dans les salles adjacentes du siège des Nations unies, une autre séquence s’est jouée en parallèle. Pour la première fois de son histoire, le Conseil de sécurité a consacré une session formelle à l’intelligence artificielle, en la traitant non plus comme un enjeu économique secondaire, mais comme une menace potentielle pour la paix et la stabilité internationales. Le Monde a qualifié cet événement de jalon symbolique dans la prise en charge institutionnelle du risque technologique.
Dans ce même cadre, un groupe de vingt-deux États a formulé une proposition concrète : la création d’une autorité mondiale chargée d’encadrer le déploiement des systèmes d’IA, avec des tests de sécurité obligatoires avant toute mise sur le marché, selon MIT Technology Review. Les États signataires réclament des standards communs, des mécanismes de contrôle indépendants et une harmonisation des règles de cybersécurité pour limiter les usages malveillants. L’analogie avec l’Agence internationale de l’énergie atomique circule dans plusieurs discussions diplomatiques : il s’agirait de faire pour l’IA ce que l’AIEA a tenté de faire pour le nucléaire.
La démarche reste fragile. Sans les États-Unis et la Chine, qui concentrent l’essentiel de la puissance de calcul mondiale, toute autorité globale serait structurellement limitée. La coalition des vingt-deux n’est cependant pas composée d’acteurs marginaux. Parmi eux figurent des États membres du G20, plusieurs nations d’Asie du Sud-Est et des pays africains qui se disent particulièrement exposés aux effets des systèmes d’IA non régulés déployés sur leur territoire par des entreprises étrangères.
Trump et Xi à Washington : deux rivaux, un refus partagé
Quelques jours avant l’Assemblée générale, une scène d’une autre nature avait déjà conditionné le débat. Xi Jinping a effectué à Washington une visite d’État de trois jours, la première depuis neuf ans. L’accueil a été solennel : arrivée à l’aéroport saluée par des officiels américains, dîner d’État, cordialité affichée lors des apparitions publiques. Pourtant, sur le fond, les avancées concrètes ont été rares.
Sur l’IA en particulier, France 24 note que les deux leaders ont convergé sur un point précis : ce n’est pas le moment d’instaurer une régulation globale de l’intelligence artificielle. Cette convergence est politiquement significative. Elle montre que la rivalité stratégique entre Washington et Pékin, bien réelle sur d’autres terrains, ne débouche pas pour autant sur une coopération internationale au bénéfice du reste du monde. Les deux puissances préfèrent se livrer une compétition ouverte sur l’IA plutôt que de laisser une institution multilatérale arbitrer les règles du jeu. Chacune entend conserver le droit de développer, déployer et exporter ses systèmes selon ses propres normes. Pour les vingt-deux États qui réclament une autorité globale, ce front commun des deux géants représente le principal obstacle à surmonter.
L’IA entre dans la grammaire des crises mondiales
Ce qui s’est joué à New York en cette dernière semaine de septembre 2026 dépasse la question technique de la régulation des modèles de langage. C’est une bataille sur la nature du prochain ordre mondial. D’un côté, une vision qui traite l’IA comme une ressource stratégique nationale, à développer sans entrave et à projeter comme instrument de puissance. De l’autre, une approche qui cherche à inscrire l’IA dans un cadre de droit international, à partir du constat que ses effets, qu’il s’agisse de désinformation ciblée ou d’usage dans les systèmes d’armement, sont par nature transfrontaliers.
Les prochains mois diront si la coalition des vingt-deux parvient à convaincre d’autres États de la rejoindre, ou si elle reste marginalisée par l’absence des acteurs qui concentrent l’essentiel des capacités de développement. Ce qui est déjà acquis, c’est que l’IA a changé de registre : elle n’est plus seulement un sujet de conférence tech ou de rapport d’experts. Elle est entrée dans l’enceinte où l’humanité débat de la guerre et de la paix. Les positions prises cette semaine à New York, par leurs présences comme par leurs absences, dessinent les alliances et les fractures qui structureront ce débat pour les années à venir. La question n’est plus de savoir si l’IA sera régulée : c’est de savoir par qui, et selon quelle vision du monde.
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