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Biographie

Ahmed Hussen, le réfugié somalien devenu ministre canadien

Publié le 6 février 2017,
par VisionsMag.
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« Faire face à Trump ». C’est dans cette optique que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a procédé le 10 janvier dernier à un remaniement ministériel d’importance. Ahmed Hussen, figure majeure du Parti libéral, a été nommé à la tête du ministère de l’Immigration. Une nouvelle étape dans la carrière déjà très dense de ce jeune politicien, ancien réfugié ayant fui le Mogadiscio à feu et à sang des années 1990.

Défendre les minorités

C’est en 1993, à l’âge de 16 ans, qu’Ahmed Hussen arrive au Canada. Sa Somalie natale est alors empêtrée dans une guerre civile sanglante, plongeant 5 millions de personnes dans la famine et provoquant l’exode d’un million de réfugiés. Si un grand nombre d’entre eux reste sur le continent africain, Ahmed Hussen rejoint son frère à Toronto. Il s’installe alors dans le quartier de Regent Park et décroche une licence d’histoire.

C’est durant cette période qu’il vient en aide à d’autres réfugiés et qu’il décide de s’engager socialement. Lorsqu’il apprend, en 2002, que 15.000 occupants de logements sociaux sont menacés par un ambitieux projet immobilier, il fonde et préside le Regent Park Community Council, destiné à défendre les intérêts des défavorisés. Non content d’avoir évité l’expulsion des habitants, il négocie en plus une enveloppe de 500 millions de dollars destinés à revitaliser le quartier.

Entrée en politique

N’oubliant pas ses racines, Ahmed Hussen s’implique et milite tant pour la défense des minorités que pour leur intégration et leur engagement civique. C’est en devenant le porte-parole de la communauté somalienne , forte de 150.000 personnes, qu’Ahmed Hussen se fait remarquer par le gouvernement conservateur de l’époque, qui le nomme au Comité interculturel, organisme chargé de faciliter le dialogue entre les autorités et les Canadiens d’origine étrangère. Il choisit alors l’engagement politique et rejoint le camp des libéraux. Dès 2002, il devient le bras droit de Dalton McGuinty, leader de l’opposition et futur Premier ministre de l’Ontario. Ce dernier ne tarit pas d’éloges envers Ahmed Hussen, un « leader naturel », «qui considère la politique comme un service public ». « Le Canada l’a accueilli et maintenant, il va nous aider à accueillir les nouveaux arrivants » .

Un engagement sans faille

Dès le début des années 2000, Ahmed Hussen est sur tous les fronts. Auprès de la mairie de Toronto, qui trouve en lui un interlocuteur idéal pour animer le dialogue intercommunautaire. Au sein du Canadian Somali Congress, qu’il préside et qu’il rapproche du Canadian Jewish Congress, expérience réussie de partenariat à grande échelle entre communauté juive et musulmane. Il s’implique également en faveur de l’éducation des femmes et parvient à lancer, en Somalie, le Women Scholarship Program.

En 2004, il figure parmi les dix personnalités les plus engagées récompensées par la ville de Toronto. Spécialiste des questions de radicalisation, il est fréquemment auditionné par les autorités afin de lutter contre les ferments du terrorisme. Mais Ahmed Hussen entend bien rester un homme de terrain : il trouve le temps de reprendre des études de droit et obtient son diplôme d’avocat en 2012, devenant un spécialiste des questions relatives aux droits de l’homme et des réfugiés.

Réfugié, militant, avocat, député et membre du gouvernement : l’incroyable parcours d’Ahmed Hussen, nouveau ministre canadien de l’Immigration.

Ahmed Hussen : un homme d’expérience

En 2015, il se présente aux élections fédérales dans la circonscription de York South-Weston et obtient 46 % des voix, faisant de lui le premier Canadien d’origine somalienne à accéder au Parlement. Il aura fallu à peine plus d’une année pour qu’Ahmed Hussen, âgé de 40 ans, soit nommé par Justin Trudeau dans son nouveau gouvernement.

Le tout nouveau ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a bien conscience des espoirs soulevés par sa personne, dans un contexte particulièrement agité. En faisant preuve de diversité, Justin Trudeau entend bien donner le ton face à un voisin fustigeant les migrants. Ahmed Hussen, père de trois enfants, parlant couramment l’anglais, le somali et le swahili, sera chargé d’accueillir les 300.000 nouveaux résidents que le Canada s’apprête à recevoir en 2017.

Photos : liberal.ca / ibtimes.com / cbc.ca