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Apple et Google dans le collimateur du FBI

Publié le 6 novembre 2014,
par VisionsMag.
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Le directeur du FBI James Comey a récemment interpellé les firmes américaines Google et Apple sur leurs nouvelles politiques de protection des données des utilisateurs mettant ces derniers dans l’illégalité en empêchant les autorités d’accéder aux contenus des smartphones, tablettes et ordinateurs. Mais laisser une porte d’entrée légale sans risque que les pirates ne s’y engouffrent n’est pas une mince affaire. Depuis l’IOS 8 d’Apple, plus personne, pas même le constructeur, n’a accès aux identifiants et mots de passe des clients, et donc aux contenus des appareils. Ainsi la dernière version du système d’exploitation de l’opérateur ne lui permet techniquement plus de récupérer les informations contenues sur les Ipads et Iphones, y compris sur injonction de la Cour, au grand dam des autorités américaines. De son coté, Google a confirmé que son OS Android et sa messagerie Gmail disposent des mêmes normes de sécurité, renforcées sur la dernière version puisque plus aucune intervention de l’utilisateur n’est requise pour activer cette protection.

Ainsi, à l’occasion d’une interview sur la chaine américaine CBS, le directeur du FBI James Comey a déclaré qu’Apple et Google avaient le « pouvoir de transgresser les règles du droit »(1) et dénonce les risques conséquents pour les utilisateurs de ces services. Ces derniers pourraient en effet se trouver dans l’illégalité du fait du verrouillage de leur appareil par les firmes.

Le paradoxe de la sécurité numérique

Vingt ans plus tôt, Phil Zimmerman, inventeur du procédé de cryptage PGP (Pretty Good Privacy), avait été poursuivi et risquait d’être condamné pour les mêmes raisons. Si beaucoup d’eau a coulé sous les ponts numériques depuis les pionniers du codage des données, le paradoxe subsiste: comment éviter que des données personnelles tombent en de mauvaises mains tout en donnant aux autorités des moyens d’actions adaptés aux technologies modernes ?

Ces nouveaux systèmes de sécurité proposés par les géants du Web visent tout d’abord à rassurer les utilisateurs suite aux déclarations d’Edward Snowden sur le programme PRISM (programme de surveillance permettant à la NSA d’accéder aux informations des utilisateurs de Google, Apple, Yahoo !, Facebook, Youtube, Microsoft, AOL et Skype). De même, le scandale provoqué par la diffusion sur Internet de photos de stars dénudées piratées sur leur Iphone a sans doute aussi favorisé la mise en place de nouveaux systèmes de protection des données personnelles.

Et si la vie d’un enfant est en danger ?

Les arguments avancés par Comey semblent pourtant cohérents: il n’y a pas de raison, selon lui, pour que les données numériques soient mieux protégées que les informations physiques. Le patron du Bureau Fédéral fait l’analogie avec la perquisition d’un véhicule. En effet, bien que les fouilles et perquisitions doivent faire l’objet d’un mandat dans le cadre d’une enquête préliminaire sur un suspect, elles peuvent aussi être effectuées sans l’accord du juge ni du suspect dans certains cas d’urgence aux Etats-Unis.

Toujours pour sensibiliser l’opinion aux dangers d’un cryptage excessif, James Comey n’a pas hésité à évoquer les cas de rapts d’enfants pour lesquels tous les moyens d’intervention doivent être autorisés. Cette image, si elle a l’avantage de toucher la corde sensible, se heurte néanmoins, aux Etats-Unis comme ailleurs, à plus de vingt années de législation sur la protection des données personnelles. Cependant selon Comey, nous sommes allés trop loin sur ce sujet, comme en témoigne les décisions d’Apple et de Google, et ce sont les utilisateurs finaux qui sont maintenant hors la loi à cause des deux firmes.

Le directeur du FBI James Comey a interpellé les firmes américaines Google et Apple sur leurs nouvelles politiques de protection des données des utilisateurs mettant ces derniers dans l’illégalité en empêchant les autorités d’accéder aux contenus.

La perquisition numérique est réglementée depuis 2003 en France

En France, la notion de perquisition numérique a été introduite dès 2003 dans le code de procédure pénale afin d’autoriser les autorités à étendre la portée d’une perquisition classique aux données numériques. La loi de LOPPSI II en 2011 va même plus loin en permettant aux juges d’instruction d’accéder aux données numériques d’un suspect à son insu si les conditions d’une perquisition classique sont réunies. La perquisition numérique peut même être utilisée dans le cadre d’une enquête préliminaire s’il s’agit de lutte contre la criminalité organisée ou aggravée (notamment terrorisme et pédophilie).

Certes il est toujours possible d’accéder à un Iphone ou un Ipad par la force en testant toutes les combinaisons jusqu’à trouver le code d’accès ou en mettant sous surveillance son utilisateur, mais cela supposerait une procédure longue ou prémédité incompatible avec certains cas d’urgence.

James Comey affirme avoir entamé des discussions avec les deux opérateurs. Gageons qu’elles n’aboutiront pas à un recul de ces derniers sur ce qu’ils considèrent officiellement comme une avancée dans la protection des utilisateurs. Plus réalistement, il s’agit aussi et surtout d’un argument marketing de poids face à la paranoïa grandissante des internautes.

(1) http://www.cbsnews.com/news/fbi-director-james-comey-on-privacy-and-surveillance/

Sources des photos:www.bidnessetc.com / www.tvxs.gr/