Au Népal, des inondations meurtrières aggravées par le dérèglement climatique
Le 26 août 2026, les rivières Bhote Koshi et Trishuli sortent de leur lit avec une brutalité que les habitants des vallées népalaises n’avaient pas connue depuis des décennies. Des torrents d’eau boueuse dévalent les pentes de l’Himalaya, emportant les habitations et les routes sur plusieurs kilomètres, y compris des camps de touristes installés à proximité des berges.
Les premières images diffusées par Le Monde montrent une masse brune et furieuse qui submerge tout sur son passage, des ponts entiers disparaissant en quelques secondes sous la pression des eaux.
Un bilan qui continue de s’alourdir
Quatre jours après les premières crues, France 24 rapporte un bilan provisoire de plus de 730 morts et de près de 2 500 personnes portées disparues, dont une proportion significative de ressortissants étrangers. Courrier International, citant le Nepali Times et The Straits Times, confirme l’ampleur de la catastrophe dans les zones proches de la frontière avec la Chine : au moins 538 morts et plus de 1 500 disparus rien que dans les bassins des deux rivières. Les opérations de secours se heurtent à des obstacles qui ralentissent chaque intervention : tunnels obstrués par la boue, sols instables, routes coupées par des glissements de terrain successifs. Des ouvriers restent piégés dans des galeries inondées, nécessitant des pompes en fonctionnement continu dans des conditions précaires.
À Bharatpur, France 24 rapporte que les morgues, débordées, ne peuvent plus accueillir tous les corps. Des sections de forêt ont été transformées en cimetières temporaires, où des victimes non identifiées sont enterrées dans l’urgence. Une jeune femme de 22 ans, dont le mari figure parmi les milliers de disparus, continue d’attendre des nouvelles. Son témoignage donne un visage humain à un bilan officiel qui, seul, ne dit rien des vies suspendues.
Le rôle des choix d’aménagement dans l’ampleur du désastre
Le Nepali Times pose la question que les communiqués officiels évitent souvent : cette crue est-elle vraiment « naturelle » ? L’article de fond publié au lendemain de la catastrophe porte un titre explicite : « Au Népal, une catastrophe si peu naturelle ». L’analyse pointe vers un phénomène physique précis, connu sous l’acronyme GLOF, pour « glacial lake outburst flood », soit la vidange brutale d’un lac glaciaire de haute altitude. Ces épisodes, documentés depuis plusieurs décennies dans l’Himalaya, deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers perchés au-dessus des vallées habitées.
Mais les scientifiques népalais cités dans cet article vont plus loin. L’ampleur des dégâts ne s’explique pas seulement par le volume d’eau libéré. Elle tient aussi aux choix d’aménagement réalisés au fil des décennies : des ouvrages conçus pour des régimes hydrologiques qui n’existent plus, des normes de construction rarement révisées. Les systèmes d’alerte précoce, insuffisamment déployés dans certaines vallées, n’ont pas permis de limiter les pertes humaines. La nature a déclenché la crue, mais les infrastructures l’ont transformée en catastrophe.
L’Himalaya, en première ligne d’un risque mondial
Le Népal n’est pas un cas isolé dans cette dynamique. Courrier International rappelle qu’un épisode El Niño annoncé comme particulièrement intense pour 2026-2027 pourrait amplifier les précipitations dans certaines régions et multiplier les risques d’inondations dans des zones déjà fragilisées. Pour un pays qui figure parmi les moins développés du monde et dont le relief complique chaque opération de secours, le défi de l’adaptation est existentiel. Les ressources disponibles pour moderniser les systèmes d’alerte et renforcer les ouvrages existants restent très inférieures à l’ampleur des risques identifiés par les scientifiques locaux.
La présence de nombreux touristes étrangers parmi les disparus rappelle que l’Himalaya est un espace intégré dans des flux économiques globaux. Les circuits de trekking et l’hôtellerie de montagne représentent une part significative des revenus locaux, mais supposent une accessibilité et une sécurité que les événements du 26 août ont brutalement remises en question. Ce que l’on qualifiait encore de risque exceptionnel devient, année après année, une variable de planification ordinaire pour un pays qui n’a pas encore les moyens d’y répondre à la hauteur.
Réformes en retard et financement climatique international
Des scientifiques et des urbanistes népalais plaident depuis plusieurs années pour une révision complète des standards de construction en zone de montagne et pour l’intégration systématique des risques de GLOF dans toute autorisation d’aménagement. Leurs alertes ont été documentées dans les revues spécialisées et les médias locaux. La catastrophe du 26 août leur donne une résonance brutale. Elle illustre ce que signifie vivre dans un pays où les effets du réchauffement s’accélèrent plus vite que les institutions ne se réforment.
La question qui reste ouverte est celle du financement. La communauté internationale débat depuis des années des mécanismes de « pertes et préjudices » climatiques, par lesquels les pays les plus riches, principaux responsables historiques des émissions, contribueraient à l’adaptation des plus vulnérables. Ces négociations avancent lentement. Les rivières Bhote Koshi et Trishuli, elles, n’ont pas attendu.
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