En Israël, la progression record des partis arabes crée une impasse gouvernementale inédite
Une Knesset fragmentée sans majorité claire Les résultats officiels, confirmés le 30 octobre par la commission électorale israélienne, dessinent un parlement particulièrement morcelé. Le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu, composé du Likud et de partis de droite et d'extrême droite, remporte 53 des 120 sièges, avec le Likud seul à 27. C'est la première formation, mais la coalition reste huit sièges en dessous des 61 nécessaires pour gouverner. Le bloc d'opposition, mené par le centriste Gadi Eisenkot et son parti Yashar, obtient 48 sièges. Les 19 restants reviennent aux deux partis arabes : Raam, dirigé par Mansour Abbas, et la Liste unifiée. C'est leur total combiné qui déterminera, en grande partie, qui présidera aux destinées d'Israël dans les mois à venir.
La participation nationale a atteint 77,7 %, le niveau le plus élevé depuis plus de vingt ans. Parmi les citoyens palestiniens d'Israël, elle a frôlé les 80 %, un seuil jamais enregistré depuis la fondation de l'État en 1948. Cette mobilisation explique en grande partie le score des partis arabes, crédités de 12 à 14 sièges dans les derniers sondages et qui n'en détenaient que 10 dans la législature sortante.
Dix-neuf sièges arabes reconfigurent les équilibres à la Knesset
Avec 19 sièges, Raam et la Liste unifiée ne se contentent plus d'exister à la marge du système politique israélien. Pour la première fois depuis des décennies, une coalition viable passe mathématiquement par eux ou, au minimum, par leur abstention bienveillante.
L'option la plus directe serait une alliance entre le bloc d'opposition et les partis arabes. Avec respectivement 48 et 19 sièges, une telle coalition atteindrait 67 représentants, soit une majorité confortable. Mais cet assemblage demeure politiquement délicat : l'idée d'un gouvernement s'appuyant formellement sur des partis arabes reste controversée au sein de l'électorat centriste qu'Eisenkot cherche à rassurer. La précédente expérience de Raam en soutien extérieur au gouvernement Bennett-Lapid, entre 2021 et 2022, avait constitué une première historique, tout en révélant les tensions inhérentes à ce type d'alliance.
Pour Netanyahu, l'équation est aussi contraignante : atteindre 61 sièges sans les partis arabes supposerait d'attirer des élus du camp centriste, au prix de compromis programmatiques significatifs.
Les accusations du Likud et le débat sur la mobilisation numérique
Le soir même du scrutin, le Likud publiait un communiqué accusant les partis arabes d'avoir eu recours à des "actes criminels graves de corruption, de menaces, de violence, de mensonges et à l'usage de logiciels interdits" pour encourager la mobilisation électorale. Des allégations de financements étrangers, notamment qataris, ont également circulé, démenties par les partis concernés et par le Qatar. Selon France 24, ces accusations n'avaient pas été étayées par la commission électorale à la date des résultats officiels.
Ces déclarations ont relancé un débat plus large sur l'usage des outils numériques dans les campagnes électorales, une préoccupation partagée par de nombreuses démocraties. Le président Isaac Herzog a appelé à la retenue et à la formation rapide d'un gouvernement, soulignant qu'Israël ne pouvait pas se permettre un nouveau cycle électoral en pleine période de guerre.
Trois hypothèses de coalition dans un contexte de guerre régionale
Benjamin Netanyahu demeure Premier ministre dans un gouvernement de caretaker disposant de prérogatives étendues, y compris sur la conduite des opérations militaires avec l'Iran. La période de consultation présidentielle, qui accorde à Herzog jusqu'à 28 jours pour désigner un formateur, déterminera l'orientation du pays.
Une coalition d'opposition associant Eisenkot aux partis arabes serait la plus directe mathématiquement, mais constituerait une rupture symbolique majeure : aucun gouvernement israélien n'a jamais intégré formellement des formations politiques arabes nationales. À défaut, Netanyahu pourrait tenter de constituer une majorité en attirant des élus du camp centriste. Si aucune de ces deux options n'aboutissait, le pays ferait face à une nouvelle convocation des électeurs, sa quatrième ou cinquième en quelques années, une perspective qu'Herzog cherche ouvertement à éviter.
Le Hezbollah a déclaré publiquement, selon France 24, ne pas se préoccuper de la composition du prochain gouvernement israélien. Cette indifférence affichée contraste avec la pression que la situation sécuritaire fait peser sur les négociateurs : former un gouvernement stable en quelques semaines, tout en gérant un conflit régional actif, reste l'impératif central des discussions à venir.
Les citoyens palestiniens d'Israël doublent leur représentation à la Knesset
Au-delà des calculs de coalition, ce scrutin marque une inflexion sociologique structurante. Les citoyens palestiniens d'Israël, qui représentent environ 20 % de la population totale du pays, ont voté à un niveau record. Leur poids parlementaire a presque doublé en un seul cycle électoral, passant de 10 à 19 sièges. Cette progression résulte d'une mobilisation organisée et d'un taux de participation en hausse continue depuis les élections de 2021, selon Courrier International.
Si les négociations aboutissaient à une coalition intégrant formellement Raam et la Liste unifiée, ce serait un tournant pour la représentation politique dans un pays qui garantit constitutionnellement l'égalité des droits civiques à tous ses citoyens. Si elles échouaient, la question resterait posée : ce résultat représente-t-il une transformation durable de la sociologie électorale israélienne, ou un pic de mobilisation lié aux circonstances particulières du conflit en cours ? La réponse dépendra des négociations des prochaines semaines, menées sous la pression de partenaires régionaux dont les intérêts divergent profondément sur ce que doit être l'Israël de l'après-guerre.
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