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International

Une étape albanaise sur la « nouvelle route de la soie » ?

Publié le 27 juin 2016,
par VisionsMag.
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La Chine avance ses pions dans les Balkans où elle multiplie les investissements et les acquisitions stratégiques. Une tendance particulièrement perceptible en Albanie, dont elle est devenue le deuxième partenaire commercial en mars dernier. Un intérêt calculé qui traduit les nouvelles ambitions stratégiques de Pékin vis-à-vis de l’Europe : la création d’une « Nouvelle route de la Soie » entre la Chine et l’Occident.

Le Président Chinois Xi-Jinping s’est rendu ce 20 juin en Serbie pour visiter l’usine sidérurgique de Smederevo acquise par le groupe chinois HeSteel Group en avril dernier. Un déplacement très symbolique qui illustre à merveille l’activité croissante des Chinois dans les Balkans. Bulgarie, Roumanie, Monténégro, Macédoine… Aucun pays de la région ne semble échapper à l’intérêt de Pékin. Un phénomène d’autant plus saisissant lorsque l’on considère l’Albanie. La plus faible économie d’Europe semble l’objet privilégié des attentions de la Chine.

Au mois de mars dernier, l’Empire du Milieu s’est ainsi hissé au rang de deuxième partenaire commercial de Tirana, devant la Grèce et la Turquie. Une petite révolution, au regard des liens géographiques et économiques évidents qui unissent l’Albanie à ses partenaires historiques. Le résultat logique cependant des investissements réalisés par Pékin dans le pays au cours des dernières années.

La Chine s’intéresse en effet de plus en plus à l’Albanie. En 2013, la Banque centrale chinoise et la Banque centrale d’Albanie annonçaient la conclusion d’un accord de swap de devises, prélude essentiel à l’intensification des échanges commerciaux entre les deux pays. Depuis, les accords de coopération entre Tirana et Pékin se succèdent dans les domaines de la construction, de la gestion d’infrastructures et de l’agriculture. Le 6 juin, le gouvernement albanais annonçait ainsi avoir choisi le groupe China State Construction pour construire une autoroute reliant la Macédoine. Les acquisitions en Albanie par des acteurs chinois s’enchaînent au même rythme. En mars, le Chinois Geo-Jade Petroleum rachetait le monopole des droits de forage pétrolier dans le pays à la Canada Bankers Petroleum. C’est une autre société, En avril, deux sociétés chinoises – China Everbright et Friedmann Pacific Asset Management – annonçaient à leur tour l’acquisition de la société de gestion de l’aéroport de Tirana. En mai, Jiangxi Copper, le plus grand producteur de cuivre chinois, finalisait l’acquisition de 50% des parts de l’entreprise minière turque Nesko, fortement implantée en Albanie. D’autres grandes entreprises comme China Energy Company Fund ou China Gezhouba Group ont posé le pied dans le pays à la recherche de contrats prometteurs dans les secteurs de l’énergie, des assurances et du tourisme.

La Nouvelle Route de la Soie au service des ambitions de Pékin

Comment expliquer cet intérêt soudain de la deuxième puissance mondiale pour le pays le plus pauvre d’Europe ? L’accueil chaleureux fait aux investisseurs chinois par le Premier Ministre Edi Rama et les perspectives de croissance économique en Albanie – somme toute modestes – n’expliquent pas tout. Les investissements chinois dans les Balkans comme en Asie Centrale aujourd’hui s’inscrivent dans une stratégie d’investissement à l’échelle mondiale : le plan « One Belt One Road » (OBOR), surnommé la « Nouvelle Route de la Soie » par les autorités chinoises. Un nom évocateur qui traduit autant les ambitions économiques que politiques de la Chine : déplacer le centre de gravité du commerce mondial à son avantage.

Annoncé en 2013 par le Président Xi Jinping, le plan OBOR a pour but d’intensifier les échanges par voie terrestre, maritime et aérienne avec le reste du continent asiatique et avec l’Europe. Face au ralentissement de la croissance chinoise, Pékin souhaite accélérer la transition de son économie industrielle vers une économie de consommation et de services. La Chine souhaite également sécuriser ses approvisionnements en matières premières, dont elle manque terriblement sur son propre sol en limitant les frais de transports. La prospection de gisements pétrolifères et miniers à l’international, la construction ou l’acquisition de voies de chemins de fer, de ports, d’autoroutes et d’aéroports en Asie et en Europe, comme les revendications territoriales en Mer de Chine visent à répondre à ces besoins. Une manière pour Pékin et pérenniser son développement économique et de s’affirmer comme une puissance mondiale en pleine ascension face aux Etats-Unis déclinants.

La Chine avance ses pions dans les Balkans où elle multiplie les investissements et les acquisitions stratégiques. Une tendance particulièrement perceptible en Albanie, dont elle est devenue le deuxième partenaire commercial en mars dernier.

Renouer une vieille amitié

La Chine et l’Albanie partagent une histoire commune inédite en Europe. Dans les années 1960, le petit pays des Balkans, alors membre du Bloc de l’Est, était devenu le seul allié de Pékin sur le continent. Pendant près de quinze ans, la Chine de Mao Zedong a fourni assistance matérielle et conseillers techniques à Tirana, l’aidant à mettre en place ses administrations publiques et ses infrastructures. La mort de Mao et la fin de la Révolution culturelle en 1976 provoquèrent la rupture des relations entre Tirana et Pékin. La Chine et l’Albanie gardent aujourd’hui encore le souvenir de cette époque de coopération et d’amitié réciproque. Elles ne font en fin de compte que renouer avec leur amitié d’il y a quelques années, mais avec une nouvelle donne, d’un côté comme de l’autre.

L’intérêt de Pékin pour l’Albanie s’appuie sur le souvenir de l’ancienne alliance et sur la convergence des intérêts des deux pays. L’économie albanaise, l’une des plus faibles d’Europe, dépend pour une bonne part des investissements étrangers qui comptent jusqu’à 7% de son PIB. La Chine, elle, met en œuvre son plan de sécurisation de ses acheminements matières premières. Elle s’intéresse ainsi fortement aux ressources minières albanaises (pétrole et ferrochrome), mais également à ses infrastructures de transport. En 2014, la Chine s’est engagée à hauteur de 300 millions d’euros dans la construction de l’autoroute d’Arber qui relie la Macédoine à l’Albanie. En plus de l’acquisition de l’aéroport de Tirana en 2016 par un consortium chinois, Pékin a également exprimé son intention d’investir dans un centre industriel à Durres via le groupe  dans la construction d’un port à Shëngjin sur la côte nord du pays. L’objectif avoué n’est pas moins que de faire de l’Albanie le centre du commerce chinois avec l’Europe de l’Est.

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