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Politique

La garde rapprochée du président de la République

Publié le 3 juin 2015,
par VisionsMag.
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Voilà trois ans que François Hollande a été élu président. L’occasion de se pencher sur des personnes relativement méconnues : les conseillers du président. Ces femmes et ces hommes qui travaillent dans l’ombre mais qui influent directement sur les choix politiques du gouvernement. Tour d’horizon de la garde rapprochée présidentielle.

On aurait pu s’attendre, venant d’un président socialiste, qu’il s’entoure de techniciens et de haut-fonctionnaire. En tous cas, on aurait pensé qu’il évite de prendre pour conseillers des personnes issues du monde des entreprises ou de la finance. Et pourtant, depuis 1974, François Hollande est le second président à puiser le plus dans le secteur privé pour le choix de ses conseillers, derrière… François Mitterrand en 1981!

Plus de conseillers issus du secteur privé que sous Sarkozy

Étonnamment donc, ce sont deux présidents socialistes qui ont le plus recours au secteur privé pour former leur garde rapprochée. En effet, 13% des conseillers de François Hollande viennent directement du privé alors qu’ils n’étaient que 9% issus du monde des entreprises à conseiller son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Ainsi l’actuel président de la République, est celui qui a fait le moins appel à des énarques depuis François Mitterrand (39% de ses conseillers).

Il est également celui qui, depuis Valérie Giscard D’Estaing, fait le plus confiance à des polytechniciens : 7% de ses conseillers soit près du double de son prédécesseur de l’UMP. Enfin, François Hollande s’est aussi beaucoup moins entouré de conseillers issus des grandes institutions républicaines (Cour des comptes, Conseil d’Etat, etc.) en comparaison avec Nicolas Sarkozy. 20% des conseillers de ce dernier provenaient de ces institutions contre 12% aujourd’hui.

Gaspard Gantzer, Jean-Jacques Barbéris et Nathalie Iannetta : trois jeunes conseillers hyperactifs

Le président de la République était entouré de trente-trois personnes en décembre 2014 dont seulement dix femmes. François Hollande semble donc moins regardant sur la parité dans le choix de ses conseillers que sur les listes électorales. En revanche notons que le président fait confiance à la jeunesse et trois de ses plus proches conseillers, Gaspard Gantzer, Jean-Jacques Barbéris et Nathalie Iannetta sont des trentenaires. Ces jeunes hyperactifs ont transformé les habitudes et les méthodes de travail du locataire de l’Elysée. Mais contrairement à la tendance, cette jeune garde est elle issue de l’ENA et ses trois membres sont des fidèles de Hollande depuis la campagne de 2012.

Mais est-ce que ces conseillers « plateau-repas » comme ils sont surnommés, ont les moyens de faire oublier les polémiques qui ont touchés deux proches conseillers de François Hollande, les poussant à la démission ? C’est sans doute l’une des missions de Gaspard Ganzter. En effet, en Avril 2014, ce dernier est appelé à remplacer Aquilino Morelle au poste de conseiller en communication du président de la République, suite à la mise en examen de Morelle pour prise illégale d’intérêts. Aquilino Morelle est docteur en médecine mais n’a jamais exercé, il a immédiatement embrassé une carrière politique à sa sortie de l’ENA, études qu’il a mené en parallèle.

leur rôle au sein du pouvoir est très important et ils influent directement sur les choix politiques du gouvernement. Tour d’horizon de la garde rapprochée présidentielle.

Deux conseillers mis en examen en huit mois

Quelques mois plus tard, en décembre 2014, c’est au tour de Faouzi Lamdaoui, conseiller à l’égalité et à la diversité, de démissionner suite à des accusations d’abus de bien sociaux et fraude fiscale. Ingénieur de formation et militant socialiste de longue date, Faouzi Lamdaoui s’était autant fait remarqué pour son engagement dans la lutte contre les discriminations que pour ses frasques en tant qu’homme politique. Ces deux démissions successives plus l’affaire Cahuzac sont des tâches probablement indélébiles dans le parcours présidentiel de François Hollande qui se faisait le chantre de la République irréprochable. En cela le jeune conseiller en communication de l’Elysée a fort à faire.

Mais ces deux conseillers qui ont démissionnés ne sont pas les seuls à avoir créé la polémique. En effet, en juin 2014 l’arrivée de Laurence Boone en tant que conseillère économique avait défrayé la chronique. Il n’y avait pas de problème juridique dans ce cas-là, mais un petit souci que l’on pourrait qualifier d’éthique : lors de la campagne présidentielle, celui qui allait être élu président présentait le monde de la finance comme son ennemi. Or, Laurence Boone en est issue puisqu’elle est une ancienne dirigeante de la banque américaine Merryl Lynch.

Il est intéressant de voir que, contrairement à ce que l’on aurait logiquement pensé, l’actuel président de la République fait davantage confiance au secteur privé que son prédécesseur. François Hollande, par ses choix de conseillers balaie donc quelques idées reçues et a sans doute voulu insuffler une nouvelle dynamique à la fonction présidentielle. Peut-être s’agissait-il également de gagner davantage la confiance du patronat français ? Ce vent nouveau se traduit aussi par l’arrivée de jeunes politiciens dans leur trentaine. On pourrait alors penser que les intentions sont louables, malheureusement après trois ans de mandat, les effets se font encore attendre !

Source : étude du CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po.

Sources des photos : tempsreel.nouvelobs.com / strategies.fr