Saba Zameni : Une voix entre musique, résistance et exil
Saba Zameni a grandi dans un pays où la voix des femmes a été progressivement réduite au silence après la révolution islamique de 1979. En Iran, chanter en solo devant un public est interdit aux femmes, une restriction qui ne relève pas seulement du domaine artistique mais d’un contrôle politique et social du corps féminin. C’est dans ce contexte que Saba Zameni découvre la musique très jeune, d’abord comme un espace intime, presque clandestin. Formée au conservatoire de Téhéran, elle s’approprie à la fois les codes de la musique persane traditionnelle et des influences plus contemporaines, comme le jazz ou la pop alternative.
Mais très tôt, sa pratique artistique devient un acte politique. Chanter, pour elle, n’est pas seulement créer : c’est transgresser. Cette transgression lui vaudra une arrestation, symptôme d’un système qui criminalise l’expression artistique des femmes lorsqu’elle échappe au cadre imposé par le régime. L’exil devient alors une nécessité. Installée au Canada, Saba Zameni continue de chanter en persan, refusant de rompre le lien avec celles et ceux restés en Iran. Sa musique se construit dans cet entre-deux : la liberté retrouvée d’un côté, la mémoire de la répression de l’autre.
Une voix née dans la contrainte
Cette tension traverse ses chansons. La voix est souvent nue, fragile, parfois brisée, mais toujours insistante. Elle ne cherche pas la performance vocale spectaculaire ; elle cherche la vérité émotionnelle. Cette sincérité explique en grande partie pourquoi ses morceaux ont trouvé un écho si fort lors des événements récents en Iran.
En 2022, après la mort de Mahsa Amini, le slogan « Femme, Vie, Liberté » devient le cri de ralliement d’un mouvement de contestation sans précédent. Dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans la diaspora, ce slogan condense une revendication existentielle : le droit de disposer de son corps, de sa voix, de sa vie. La musique joue alors un rôle central, non comme simple accompagnement, mais comme moyen de transmission émotionnelle et politique.
Chanter “Femme, Vie, Liberté”
Les chansons de Saba Zameni circulent massivement dans ce contexte. Elles ne sont pas des hymnes au sens classique, mais des lamentations lucides, des chants de deuil et de courage mêlés. Dans certains extraits, elle évoque la peur, la perte, mais aussi la persistance de l’espoir. Ses paroles parlent de femmes qui tombent, de voix étouffées, mais aussi de graines qui repoussent malgré la violence. Même lorsqu’elles ne mentionnent pas explicitement le mouvement, elles en portent l’âme.
L’impact de sa musique tient aussi à sa diffusion. Partagée sur Instagram, YouTube et d’autres plateformes, elle traverse les frontières que le régime iranien tente de verrouiller. Pour beaucoup d’Iraniens et d’Iraniennes, notamment dans la diaspora, ces chansons deviennent un lien affectif avec les manifestations, une manière de participer à distance, de pleurer et de résister en même temps. La voix de Saba Zameni fonctionne comme une archive sensible du soulèvement : elle en capte la douleur, la colère sourde, mais aussi la dignité.
Dans le mouvement « Femme, Vie, Liberté », la musique n’est pas seulement un outil de mobilisation, elle est une forme de survie symbolique. En chantant en persan, en tant que femme, librement, Saba Zameni accomplit ce que le régime cherche à empêcher : une existence féminine visible, audible, irréductible. Son art rappelle que la répression ne détruit pas seulement des corps, mais tente d’effacer des voix. Et que chaque chanson chantée malgré l’interdit est déjà une victoire.
Photo : bumifest.ca

()

