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Politique

Royaume-Uni : le temps des excuses pour le socialiste John McDonnell

Publié le 15 décembre 2015,
par VisionsMag.
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Nommé Shadow Chancellor of the Exchequer (chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme) le 12 septembre 2015, John McDonnell est le nouveau bras droit de son ami Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste. Son affectation a cependant suscité de nombreuses critiques, notamment de la part de l’aile droite du parti qui reproche de manière générale l’absence de consensus politique mais également certaines paroles jugées inappropriées de la part de John McDonnell.

Qui est John McDonnell ?

Après des études de sciences politiques et de sociologie à l’université de Londres, John McDonnell rejoint, en 1974, le Parti travailliste dès l’âge de 23 ans. Il devient syndicaliste et commence son expérience au sein du syndicat national des travailleurs de mines puis au Congrès des syndicats. C’est en 1981 que le socialiste connaît sa première élection en tant que représentant de la circonscription de Hayes et Harlington au sein du conseil du Grand Londres. Il est ensuite responsable des finances et du budget de l’administration municipale où il devient le numéro deux après Ken Livingstone. Mais, après avoir proposé de réduire le prix des transports publics de Londres, il est mis à l’écart d’un conseil qui sera dissout par le gouvernement de Margaret Thatcher en 1986.

La vie parlementaire de John McDonnell commence réellement en 1997 lorsqu’il est, suite à une troisième tentative, élu député travailliste de la circonscription de Hayes et Harlington. A cette époque, le parti des travaillistes est sur le devant de la scène grâce au parti « New Labour » crée par Tony Blair. Ce dernier tente de se rapprocher des idées du centre pour abandonner les influences socialistes et ouvrières du parti. Toutefois, McDonnell continue à faire valoir ses convictions et devient alors membre du groupe de campagne socialiste pour en devenir par la suite le président.

Durant les années Blair de 2002 à 2003, le gauchiste est considéré comme le rebelle du groupe parlementaire. Il prend d’ailleurs la tête d’un groupe de pression appelé « services publics, pas profits privés » (Public Services, Not Private Profit) qui a pour but de contredire la politique menée par Tony Blair à propos du partenariat public-privé. Il s’oppose ensuite à plusieurs courants d’idées du gouvernement, et fait plusieurs déclarations vivement critiquées, déclarations sur lesquelles il revient en 2015.

McDonnell, contraint de d’excuser suite à plusieurs de ses déclarations publiques

C’est en 2003 que John McDonnell déclenche définitivement la controverse en défendant le courage des membres de l’IRA (Armée républicaine irlandaise) pendant le conflit nord-irlandais, alors que ceux-ci avaient provoqué la mort de nombreux innocents. Récemment, il est revenu sur ses propos lors d’une émission sur la chaîne télévisée BBC en tentant d’expliquer qu’il ne soutenait pas la violence des actions militaires mais le fait que cela ait aboutit aux négociations concernant l’Irlande du Nord et par extension à un accord de paix. David Cameron a également fustigé les commentaires du chancelier de l’Échiquier fantôme en disant qu’il n’était pas justifiable de soutenir les atrocités commises puisque cela correspondait purement à du terrorisme. La tentative de clarification de John McDonnell n’a donc pas convaincu l’ensemble des personnes recevant ses excuses.

En 2010 également, après avoir connu l’échec de deux tentatives de candidature à la direction du Parti travailliste, John McDonnell avait plaisanté en disant qu’il aimerait « retourner dans les années 80 pour assassiner Thatcher », qui fut la Première ministre conservatrice de 1979 à 1990. Lors de l’émission de la BBC en septembre dernier, le député a donc aussi déclaré regretter ses mots en considérant aujourd’hui que sa blague était déplorable. Il s’est excusé « du plus profond de son cœur » pour l’offense causée.

L’utilisation déplacée de ses mots a donc rattrapé John McDonnell, qui, nouvellement élu bras droit du leader du Parti travailliste, a dû faire face à de vifs reproches et a dû, de ce fait, fournir des explications. Cette polémique entache son nouveau statut au cœur du parti et entraîne des doutes quant à la légitimité de sa place.

Le 12 septembre 2015, Jeremy Corbyn, le leader du ‘Labour’ a nommé son ami John McDonnell en tant que chancelier de l’Échiquier du cabinet fantôme, celui-là même qui avait dirigé sa campagne pour devenir le nouveau dirigeant travailliste. « Chancelier de l’Echiquier du cabinet fantôme », ou « chancelier de l’Echiquier de l’ombre », est un titre informel au sein de l’opposition mais revêt une certaine importance puisqu’il est chargé d’observer le Chancelier de l’Echiquier (the Chancellor), qui n’est autre que le ministre chargé des finances et du trésor. Le poste est considéré comme le plus important au sein du gouvernement après le poste de Premier ministre (Prime Minister)

Il semble pourtant, au vu des contestations, que cette affectation soit désapprouvée parmi les partisans et par les dirigeants syndicaux qui eux soutenaient Angela Eagle. La nomination de cette dernière aurait en effet permis d’équilibrer les genres et les influences politiques au sein de l’opposition.

Le socialiste John McDonnell, nouveau chancelier de l'Échiquier fantôme, est rattrapé par ses déclarations du passé et décide de présenter ses excuses publiquement

Les oppositions à la nomination de John McDonnell en tant que chancelier de l’Echiquier de l’ombre

En effet, la nomination du très à gauche McDonnell est vue comme un refus de consensus politique de la part de Jeremy Corbyn. Charles Clarke, ancien ministre de l’Intérieur, a d’ailleurs récemment déclaré à la radio BBC 4 Today que cette décision était vue comme la volonté de construire un parti politique restreint.

De même, l’absence de mixité ne joue pas en la faveur de Jeremy Corbyn. Les cinq statuts principaux sont occupés par des hommes, on retrouve ainsi au cabinet fantôme Andy Burnham pour le poste de secrétaire d’État, Hilary Benn comme secrétaire des Affaires étrangères, et enfin Tom Watson en tant que député élu.

L’ancien secrétaire des Affaires, Chuka Umunna, a quant à lui déclaré qu’il doutait de la promesse de Jeremy Corbyn concernant le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Hilary Benn a alors insisté en déclarant que le leader du parti avait bien l’intention de se battre pour rester dans l’Union européenne.

Les nombreuses contestations relatives à l’avenir du cabinet fantôme mettent ainsi Jeremy Corbyn dans une position difficile, et il semble que la nouvelle composition des membres du parti ne l’avantage pas non plus. John McDonnell en est l’exemple, ayant récemment suscité une importante polémique à propos de ses déclarations jugées inacceptables.

Sources des photos : theguardian.com / independent.co.uk